Alléluia, le réalisateur coréen Bong Joon Ho a reçu ce samedi soir la Palme d’or pour son immense Parasite. Conclusion parfaite pour cette 72e édition du Festival de Cannes, la plus enthousiasmante depuis longtemps.

PAR JEAN-FRANCOIS MADAMOUR / PHOTO: ROMAIN COLE

Si vous avez lu (et relu) nos gazettes Cannoises écrites dans un état second (big up à Gautier Roos qui a dormi deux heures pendant tout le festival!), nous vous avertissions déjà dans celle du dixième jour de l’impact maousse généré par Parasite, nous vous parlions déjà de cet orgasme collectif provoqué par la projection de presse du film, mardi soir entre 22 heures et minuit. En sortant de la salle, ça hurlait dans tout Cannes le mot Palme, comme au temps béni des moins chanceux Holy Motors de Leos Carax (absent du palmarès en 2012), Toni Erdmann de Maren Ade (absent aussi en 2016) ou encore Mommy de Xavier Dolan (seulement prix du jury en 2014). Résultat: une évidence, une pluie d’étoiles et de Palmes dans les tableaux des étoiles au risque d’éclipser Pedro Almodovar et son non moins évident Douleur et gloire. Avant la projection de Parasite, Pedro avait une autoroute bien dégagée, il a juste trouvé un concurrent sérieux, inattendu, redoutable. Soit une merveille de satire, brûlante comme l’enfer, qui triomphe à tous les niveaux (drame familial, thriller social, brulot politique) et qui nous donne envie d’appeler à la rescousse toute une batterie de superlatifs débiles et galvaudés. Disons simplement qu’il s’agit là de la confirmation définitive que le cinéma de Bong Joon Ho (ici, à sa quintessence) ne ressemble qu’à lui-même. La marque impressionnante d’un super-auteur qui, classe ultime, cite Clouzot et Chabrol au moment de recevoir la récompense suprême des mains de Cathy Deneuve.

A la fois très cinéphile et très accessible à tous, cette 72e édition reste l’une des meilleures depuis longtemps. Aucune erreur délirante dans les sélections: très belle première Quinzaine pour Paolo Moretti et pas de The Last Face en compétition – on aurait juste bien vu le Albert Serra (Liberté) ou le Kantemir Balagov (Beanpole), pris au Certain Regard, propulsés directement en compétition… une compétition dans l’ensemble passionnante qui, seul petit bémol, s’est déroulée dans une ambiance polie, un poil trop calme. A une exception près, ayant servi de défouloir à bien des pulsions. On veut bien entendu parler de celui qui figure en troisième position de notre tableau des étoiles, soit Mektoub My Love, Intermezzo de ce cher Abdellatif Kechiche. Un sacré morceau dont la radicalité a clivé, pour ne pas dire exaspéré à en lire les critiques assez assassines le lendemain de sa présentation il est vrai surréaliste – le soleil Ophélie Bau qui s’éclipse pendant la projection, le surexcité Kechiche qui se barre comme un gamin de 4 ans du rang I à la fin en abandonnant ses comédiens, cépapossibe. Dans un climat aussi électrique, il a été tout bonnement exclu du palmarès. Imaginez un peu le bordel s’il avait reçu la Palme…

Un film sur lequel chacun a son petit avis très tranché et qui, à en croire certains, en raison de son auteur, ne méritait pas d’être défendu il y a encore deux jours (aujourd’hui, amnésie collective). Devant nos étoiles, nos Palmes et notre critique gazette mesurée, certaines ligues de vertu, prêtes à en découdre avec les amis de Kechiche, ont trouvé le moyen de nous reprocher d’aimer les culs sur grand écran (il est vrai que nous aimons Tinto Brass, et alors?) et de ne pas avoir compté sur une feuille le nombre de fessiers sur grand écran à l’instar de certain.e.s infréquentables (qui s’en targuent sur les réseaux sociaux avec une bêtise fière et contemporaine nous inspirant le plus profond mépris et la plus grande nausée). Ce genre de procès, par chance, nous indiffère (au mieux, ça nous amuse; au pire, ça nous consterne) mais il est surtout contre-productif: la haine avec laquelle a été combattu Mektoub, my love: intermezzo (peu importe que l’on aime ou pas le film) donne instinctivement envie à quiconque de le défendre, sans avoir besoin de se conformer au diktat des vestales de la cinéphilie officielle. Honni soit qui bien y pense: à la vertu bien-pensante, sachez que l’on préférera toujours l’amour du vice.

DEMANDEZ LE PALMARES…
Palme d’or: Parasite de Bong Joon Ho
Grand Prix: Atlantique de Mati Diop
Prix du jury: ex-aequo, Les Misérables de Ladj Ly & Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles
Prix d’interprétation féminine: Emily Beecham pour Little Joe de Jessica Hausner
Prix d’interprétation masculine: Antonio Banderas pour Douleur et Gloire de Pedro Almodovar
Prix de la mise en scène: Le Jeune Ahmed de Jean Pierre et Luc Dardenne
Prix du scénario: Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma
Mention spéciale: It Must Be Heaven d’Elia Suleiman
Caméra d’or: Nuestras Madres de César Díaz

ET AILLEURS…
La Palme d’Or du court métrage, remis par Claire Hey Ho, silence Denis va à La distance entre le ciel et nous de Vasilis Kekatos, avec une mention spéciale à Monstruo Dios d’Agustina San Martín

Un certain regard:
Prix Un certain regard: La Vie invisible d’Euridice Gusmao, de Karim Aïnouz
Prix du Jury: Viendra le feu d’Oliver Laxe
Prix d’interprétation: Chiara Mastroianni pour Chambre 212, de Christophe Honoré
Prix de la mise en scène: Beanpole (une grande fille), de Kantemir Balagov
Prix spécial du Jury: Liberté, d’Albert Serra
Coup de coeur du Jury: ex-aequo La Femme de mon frère, de Monia Chokri et The Climb, de Michael Angelo Covino

Le Jury de l’Œil d’Or, présidé par la réalisatrice Yolande Zauberman a remis son prix aux documentaires For Sama de Waad al-Khateab et Edward Watts et La Cordillère des songes de Patricio Guzmán.

A la Quinzaine des réalisateurs, le prix SACD va à Une fille facile, de Rebecca Zlotowski, tandis que le prix EuropaCinemas a été remis à Alice et le Maire de Nicolas Pariser. A la Semaine de la critique, le Grand prix revient à J’ai perdu mon corps, de Jérémy Clapin. La Queer Palm revient quant à elle à Céline Sciamma pour Portrait de la jeune fille en feu.

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