Le Chaos enquête avant l’annonce de la sélection de Cannes 2019 et se demande si Ladj Ly a ses chances sur la Croisette.

PAR GAUTIER ROOS

D’une manière générale, les noms en Ly – tels Lykke Li ou Ang Lee – évoquent de très bons souvenirs à nos festivaliers. Celui de Ladj Ly, primé à Clermont-Ferrand en 2017, rappellera peut-être quelque chose à ceux qui ont tournoyé autour de Kourtrajmé au mitan des années 90. On a toujours eu une vive sympathie pour ce collectif de bricoleurs intentionnellement tenu à l’écart des commissions, revenu sur le devant de la scène l’an dernier avec Le Monde est à toi (aka Mr Freeze) de Romain Gavras.

Bien plus qu’une déclinaison de son court du même nom, Les Misérables de Ladj Ly narre le baptême du feu de Stéphane (Damien Bonnard), cherbourgeois tout juste débarqué à la brigade anticriminalité de Seine-Saint-Denis. Sa première interpellation dérape, sous l’œil d’une caméra: le film devrait documenter les méthodes parfois expéditives des forces de l’ordre, le tout dans un style qualifié de “mi-docu, mi-fiction” frayant avec l’esthétique de The Wire. David Simon meets Jean Valjean: on veut absolument voir ça !

Ladj Ly connait bien son sujet (365 jours à Clichy-Montfermeil revenait sur les révoltes urbaines de 2005 et Go Fast Connection rudoyait en 2008 le traitement médiatique de la banlieue). La cité des Bosquets à Montfermeil, c’est justement le cadre choisi par notre ami Victor Hugo pour écrire Les Misérables. Voulez-vous prendre les paris qu’on retrouvera ses propos dans le catalogue du Festival (Je vous dénonce la misère, qui est le fléau d’une classe et le péril de toutes ! Je vous dénonce la misère qui n’est pas seulement la souffrance de l’individu, qui est la ruine de la société, la misère qui a fait les jacqueries)?

Pourquoi ça sent bon : Le co-réalisateur du film À voix haute, la quarantaine, est encore inconnu du grand public: son sujet explosif, sa résonance avec une brulante actualité (les Gilets Jaunes, les affaires Adama Traoré et Ange Dibenesha, le souvenir des émeutes de 2005), son interprète principal => une poignée d’ingrédients qui lui taillent un costume sur mesure pour intégrer n’importe quelle sélection cannoise.

Pourquoi ça pourrait coincer : Jeanne Balibar en guest dans le rôle d’une commissaire de police… Dans la vraie vie, l’actrice vient de boucler son nouveau film en tant que réalisatrice, é qué s’apelorio… Merveilles à Montfermeil! Un vrai casse-tête pour nos sélectionneurs qui pourront difficilement faire concourir les deux films ensemble. Bon en fait si, bien sûr qu’ils le peuvent, mais comme toute presse qui ne se respecte pas: on aime bien créer des dilemmes artificiels…

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