Fan de John Carpenter, Juan Carlos Medina, réalisateur de Insensibles et de Golem le tueur de Londres, donne ses cinq films préférés de Big John, attendu ce mercredi pour son hommage à Cannes.

The Thing (1982)
«Un des plus grands films de SF-horror jamais rĂ©alisĂ©, Ă  mettre au panthĂ©on avec Alien, pour la crĂ©ation d’un des monstres extra-terrestres les plus perturbants et cauchemardesques jamais crĂ©es. Rien n’a vieilli dans ce film que l’on peut regarder aujourd’hui avec le mĂȘme sentiment de terreur et de fascination qu’Ă  sa sortie, les effets spĂ©ciaux de Rob Bottin ont l’air plus rĂ©cents que la re-crĂ©ation numĂ©rique du remake de 2011. Plus qu’un remake de La Chose d’un autre monde de Howard Hawks rĂ©alisĂ© en 1951, The Thing est surtout une adaptation non officielle (dans l’esprit sinon dans la lettre) du terrifiant roman de Lovecraft, In the mountains of madness. A noter la fabuleuse BO de Ennio Morricone, qui signe lĂ  son seul score pour un film d’horreur, et une bande-son radicalement diffĂ©rente du corpus de son Ɠuvre. Un morceau obsĂ©dant et gĂ©nial en forme de «canon» horrifique a l’orgue, qui n’avait pas trouvĂ© sa place dans le film, a Ă©tĂ© utilisĂ©e par Tarantino dans la BO de The Hateful Eight lors d’une scĂšne-hommage magnifique dans la tempĂȘte de neige.»

L’antre de la folie (1994)
«Avec The Thing, l’autre grand film Lovecraftien de Carpenter. On pourrait presque dire les deux seules grandes «adaptations» du l’esprit du maĂźtre de Providence, un livre qui rend fou ceux qui le lisent, une perception de la rĂ©alitĂ© altĂ©rĂ©e et fracturĂ©e, et le fragile continuum spatio-temporel humain menacĂ© par des ĂȘtres monstrueux malveillants venus d’ailleurs
 Sam Neill dans l’un des ses meilleurs et plus inquiĂ©tants rĂŽles, L’antre de la folie est un des films d’horreur les plus libres et originaux jamais rĂ©alisĂ©s.»

Le prince des ténÚbres (1987)
«Un film d’horreur choral au dĂ©licieux parfum «eighties» qui parvient encore aujourd’hui a crĂ©er un vĂ©ritable malaise tant il est jalonnĂ© d’idĂ©es visuelles gĂ©niales, comme la fameuse «main a travers le miroir» ou les images vidĂ©o de basse qualitĂ© «vhs» du «rĂȘve trans-dimensionnel» reçu par certains des personnages depuis le futur. Des scĂšnes entiĂšres sont devenues des classiques, exploitĂ©es un nombre incalculable de fois par la suite. Comme dans la musique pop, Carpenter a Ă©tĂ© le pĂšre de nombreuses tendances cinĂ©matographiques, et il n’a pas toujours Ă©tĂ© reconnu Ă  sa juste valeur dans ce rĂŽle de prĂ©curseur.»

Halloween, la nuit des masques (1978)
«Avec Psychose et Le silence des agneaux, Halloween est un des plus grand films de tueur en sĂ©rie, ainsi qu’un objet cinĂ©matographique d’une puretĂ©, d’une simplicitĂ© et d’une puissance extravagantes. Le personnage de Michael Myers avec son masque terrifiant est une des figures de tueur en sĂ©rie psychopathes les plus effrayantes jamais imaginĂ©s au cinĂ©ma, qui donne encore aujourd’hui des cauchemars a quiconque dĂ©couvre le film. La base du «slasher», quoi. Encore une fois, Carpenter a ƓuvrĂ© comme un homme orchestre absolu (le score inoubliable et obsĂ©dant). Un prĂ©curseur et un inventeur de formes cinĂ©matographiques trop «genre» pour avoir Ă©tĂ© reconnu comme tel Ă  son Ă©poque mais qui l’est certainement dĂ©jĂ  aujourd’hui, et le sera d’avantage dans l’histoire du cinĂ©ma.»

Ghosts of Mars (2001)
«Certains s’étonneront sans doute de ne pas trouver dans ma sĂ©lection Fog ou Escape from New York ou Les aventures de Jack Burton, soit autant de films magnifiques m’ayant marquĂ© Ă  vie, mais comme je n’ai que cinq choix chaos Ă  faire, je voulais quand mĂȘme placer un Carpenter tardif dans la liste, car rares sont ceux qui les apprĂ©cient Ă  leur juste valeur. J’aime beaucoup celui-ci, ne serait-ce pour que la force de l’imaginaire, dĂ©jĂ  (un matriarcat pour gouverner le systĂšme solaire, des mĂ©chants qui ressemblent Ă  des fans de death metal tarĂ©s) et la tonalitĂ© mi-sĂ©rieuse mi-dĂ©conne du film rappelle avec bonheur le Total recall de Paul Verhoeven avec ses personnages over the top et tellement attachants. Ce film est tellement plus agrĂ©able Ă  regarder aujourd’hui que bien d’autres ratages grandiloquents se dĂ©roulant sur la planĂšte rouge. Comme toujours, Carpenter ne frime pas, il n’est pas dans la hype Ă©phĂ©mĂšre, il donne tout, gĂ©nĂ©reusement. Je crois que c’est Howard Hawks un jour qui a dit, quand on lui demandait ce qu’était un grand metteur en scĂšne: «c’est quelqu’un dont on peut sentir la personnalitĂ© dans chacun de ses films.» Dans le cas de John Carpenter, on pourrait dire qu’on peut sentir sa personnalitĂ© dans chacun de ses plans: la personnalitĂ© d’un grand artiste et d’un grand homme discret, gĂ©nĂ©reux, dont le gĂ©nie n’a jamais eu besoin des modes ou de tendances.»

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