La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. Jour 2: Zombie walk sur le red carpet. Jim Jarmusch avance au ralenti. Laurent Weil pose les mêmes questions d’outre-tombe depuis 1963.

[SANG NEUF] Pervers comme nous sommes, on ne se lasse jamais du cérémonial chic et pompeux de la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes avec son supra guindé red carpet: pendant une bonne heure, on voit des starlettes inconnues, une équipe de film très jet-laguée (et très à-la-bourre) et surtout l’inusable très usant Laurent Weil, premier journaliste cinéma plus calé en foot qu’en cinéma. Flanqué de Lolo Cholewa, il tente comme chaque année de choper les quelques stars qui ne se méfient pas encore de ses questions très how do you do qui donnent envie de décapsuler des bouteilles de bière avec les dents. Sa mission, on le sentait bien, consistait à avoir des mots de son altesse Selena Gomez: il l’attendait assurément pour lui poser une question dont il a le secret, genre lui demander comment elle faisait pour avoir autant de followers sur Instagram. Inutile de dire que le drame a été évité de justesse: elle est arrivée encore plus à la bourre que Tilda Swinton, elle-même plus à la bourre que toute l’équipe peu riante (et très à la bourre) de The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, et… elle ne lui a même pas adressé la parole. Pas-le-temps, plus-le-temps pour ces conneries. Mot d’ordre de cette 72e édition.

 

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En revanche, les gentils André Dussolier et Sabine Azéma étaient, eux, très disponibles pour répondre à Laurent Weil, très heureux d’annoncer à la terre entière que Tanguy 2 avait franchi la barre du million de spectateurs. Et, nous, d’avoir envie de faire comme Zaza la pianiste…

Stars amorphes, invités blasés, rombières emperlousées, pingouins poussiéreux, attachés de la presse se la jouant, come-back de Mademoiselle Agnès… Rien ne manquait au tableau apocalyptique de cette zombie walk cannoise, demeurant livide même pendant le joli hommage à la Varda par la si délicate Angèle ou encore lors de la présentation du jury avec, notamment, une Kelly Reichardt aussi à l’aise qu’un poisson hors de l’eau (et qu’on adore justement pour ça).

On retiendra néanmoins dans cette grand-messe uber-codifiée, faisant regretter les présentations réellement chaos du regretté Henry Chapier et de l’illuminée Arielle Dombasle, deux trois moments charmants d’émotion comme les touchantes présences de Rosalie Varda et de Mathieu Demy, en retrait, vibrants, envoyant un peu d’eux et nous touchant en plein coeur – diantre, de vrais gens en chair dans ce carnaval! – et la très belle façon, fraternelle, qu’ont eu Thierry Frémaux et Pierre Lescure de les accueillir en haut des marches, de les recevoir comme des amis, comme s’ils étaient chez leur mère, en montrant l’affiche de Cannes où Agnès filme encore, pour toujours.

On saluera aussi le toujours classe Bill Murray quittant le troupeau de moutons protocolaire pour attraper la main de sa femme restée au second plan. C’était simple, c’était spontané, c’était beau. Et l’on s’amusera enfin de cette question posée par Lolo Cholewa à Marina Fois, membre du jury Un Certain Regard, encore essoufflée par son Molière de la meilleure comédienne dans un spectacle de théâtre public reçu la veille pour la pièce Les idoles de Christophe Honoré. Lolo demande alors à Marina, comme si l’apocalypse n’avait pas encore eu lieue, si elle a vu Capharnaüm de Nadine Labaki, présidente du jury Un Certain Regard. Marina dit qu’elle l’a vu et… au lieu de mentir en confessant avoir trouvé ça amaaazzzzzing (ce qui est quand même très loin d’être le cas), change illico de sujet, en bonne comédienne, se disant ravie comme Gigi de faire partie d’un jury où chaque membre vient d’un pays très différent (sic). Pas folle la guêpe.

Sinon, ce film de zombie signé Jarmusch? Aussi délicieux que son film de vampires Only Lovers Left Alive? Pas vraiment. Notre panel Cannois aime gentiment, sans plus. Exactement comme nous…

Tout s’y dérègle progressivement : la radio et les téléphone ne fonctionnent plus, les animaux disparaissent, la nuit ne tombe pas; le film lui-même se dérègle, et les scènes se répètent. On en parle plus longuement dans notre critique mais tel quel, il ne s’agit que d’une amusante (quoique un peu poussive) parodie de films de zombies où personne ne se surpasse réellement, bourrée de clins d’oeil pour initiés, rappelant ce que l’on sait depuis… Down by law (Jim est du côté des marginaux) et valant le coup d’oeil pour son défilé de stars fidèles de la première heure (Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi…). Même Valérie fait montre de grosses réserves…

Théo (Michel) est le plus enthousiaste de la bande sauvant l’humour et la fine poésie tout en trouvant le résultat pas à la hauteur des promesses. Le risque? Que tout le monde l’ait déjà oublié pendant la nuit (et que le jury ne s’en souvienne plus du tout au moment des délibs). Soit avant ce mercredi carrément chargé, entre Le daim de Quentin Dupieux, la présentation en compétition de Les misérables et de Bacurau. C’est aussi le jour où Big John va recevoir le Carrosse d’or à la Quinzaine des réalisateurs! Au programme, projection de The Thing et masterclass co-animée par Yann Gonzalez et Katell Quillévéré. En attendant, on peut réviser ses classiques avec Yann qui nous a donné ses trois films de Big John favori et le réalisateur Juan Carlos Medina, ses cinq. Cannes est bien ouvert, le chaos bien déclaré.

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