Quand Tinto Brass réalisait «la superproduction la plus scandaleuse de l’histoire du cinéma», il ne faisait pas les choses à moitié…

PAR PAIMON FOX

Après la mort de son grand-père adoptif Tibère, empereur de Rome (Peter O’Toole), le jeune Caligula (Malcolm McDowell) s’empare du pouvoir. Son attitude magnanime lui acquiert au début le soutien des sénateurs. Mais peu à peu, dévoré par l’aliénation du pouvoir absolu, il va développer une personnalité cruelle, sanguinaire et perverse…

Caligula de Tinto Brass retrace le règne furtif mais intense d’un empereur romain cinglé qui, après avoir reçu les pleins pouvoirs du Sénat, devient un despote menant une vie de débauche. OK mais c’est quoi au juste ? «La superproduction la plus scandaleuse de l’histoire du cinéma», qu’on vous dit. Un péplum Z-X sympathiquement initié par Bob Guccione, créateur du magazine Penthouse qui, à la fin des années 70, a réuni de grands esprits – à savoir le scénariste Gore Vidal, le réalisateur Tinto Brass et la fine fleur de l’actorat british (Malcolm McDowell, sir John Gielgud, Helen Mirren, Peter O’Toole etc.) – pour un projet somptuaire sur la vie de l’empereur Caligula, axé sur son ascension au pouvoir, sa passion incestueuse pour sa sœur, sa folie démesurée, ses partouzes…

Louable idée de substituer au luxe propret des prods Hollywoodiennes cette vision sauvage et crue de l’époque romaine. D’autant que le budget est illimité, les figurants à poil pléthoriques, les décors signés Danilo Donati (collaborateur attitré de Fellini) bien zolis. Sauf que, patatras, c’est un fiasco rappelant qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Il y a quelques années, Caligula était sorti dans une mythique double édition DVD sous le label «scandaaaaaale!» et ce dans deux éditions: une «soft», sortie au cinéma sous une interdiction aux moins de seize ans (1h40); une «hard», remasterisée et carrément interdite aux mineurs (2h40).

Alors, après vérification des deux versions, qu’en dire? Pétard mouillé ou chef-d’œuvre? Aucun des deux: Caligula est un film explosif qui se suffit à lui-même. Ce qui différencie la version «moins de seize ans» de celle pour adultes, ce sont les plans pornos qui ont été tournés à l’époque, mais rajoutés seulement plus tard par Bob Guccione et Giancarlo Lui; le premier se souvenant d’ailleurs très bien des conditions dantesques du tournage.

Si possible, retrouvez cette édition «scandaaaaaale!» sortie chez Metrodome. Les bonus étaient presque aussi passionnants que le film. Outre l’interview de Tinto Brass aujourd’hui, fumant son cigare sur un fond «carré rose», nous confiant les circonstances de sa première éjaculation au cinéma et assurant au passage qu’il préférait filmer les bites de nains et les femmes obèses que les playmates Penthouse; et un reportage sur les secrets du tournage par un Bob Guccione tous poils velus dehors, les autres bonus concernent un making-of rigolo qui montre les ambitions démesurées des gens sur le projet, ayant vraiment envie de casser la baraque.

Le meilleur bonus demeure le «diaporama» qui regroupe des photos exclusives de Penthouse, joyeusement (et brillamment) commentées par l’ami journaliste François Cognard qui, avec sa mémoire de cinéphile averti, évoque le choc que fut le film et raconte avec franchise ce qui s’est réellement passé sur le plateau. L’anecdote la plus drôle demeure peut-être celle concernant Sir John Gielgud qui joue un petit rôle dans Caligula, mais qui n’était pas au courant du résultat. Il s’est rendu compte une fois le film terminé qu’il avait participé à un film de cul. On imagine sans mal la tête qu’il a dû faire, mais s’il avait vu celle avec les scènes saphiques additionnelles que Guccione avait tourné en loucedé avec ses playmates, c’était crise cardiaque direct…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici