Quand le pape du porn-art signe un film de science-fiction post-apo-porno oĂč les humains sont divisĂ©s en deux : les Sexe NĂ©gatifs et les Sexe Positifs.

PAR PAIMON FOX

Il est pas beau mon cul-culte? DistribuĂ© dans les annĂ©es 80 par Christophe Gans via Scherzo films, CafĂ© Flesh raconte la peur nuclĂ©aire de cette dĂ©cennie par le prisme du porno. Une rĂ©fĂ©rence totale, le cul entre The Devil in Miss Jones (Gerard Damiano, 1972) et Defiance of Good (Armand Weston, 1974) pour sa facultĂ© Ă  donner autant – si ce n’est davantage – d’importance Ă  la dramaturgie et Ă  l’esthĂ©tisme qu’aux scĂšnes porno.

En 1982, le producteur Stephen Sayadian, sous le pseudonyme de Rinse Dream, a une idĂ©e subversive: un film de genre hybride qui combine codes fantastiques et postures pornographiques. L’action se dĂ©roule aprĂšs une guerre nuclĂ©aire (donc ambiance post-nuke idoine) oĂč la majeure partie de la population (99%) se retrouve sexuellement contaminĂ©e et ne peut plus baiser comme jadis. Du coup, ceux en panne de dĂ©sir se contentent d’aller observer des shows robotisĂ©s prodiguĂ©s par ceux, rares (les 1% restants), qui n’ont pas Ă©tĂ© contaminĂ©s par la menace. En observant ces performances, ils souffrent en se remĂ©morant quelques restes de leurs Ă©treintes passĂ©es. Les personnages qui se donnent en spectacle sont souvent masquĂ©s comme pour renforcer l’anonymat et le malaise. Les shows correspondent Ă  des situations de la vie courante ou professionnelle ouvertement pastichĂ©es.

La mĂ©canique loquace avec laquelle tout se dĂ©roule annihile presque l’excitation pour renforcer la froideur des relations humaines et dĂ©peindre un authentique cauchemar Ă©veillĂ©. En tout Ă©tat de cause, un film bizarre et donc chaos qui cause de l’état de frustration et de la quĂȘte impossible du dĂ©sir. La mise en abyme est aussi perverse qu’ingĂ©nieuse, mĂ©taphorique qu’astucieuse. On s’évoque mĂȘme l’univers absurde d’un Dali dans les reprĂ©sentations scĂ©niques comme on pensait Ă  celui de Buñuel en reluquant un autre porno mĂątinĂ© de psy et de retournements fantastiques: Defiance of Good. Il n’y a pas de hasard: les grands esprits finissent toujours par se rencontrer.