Pour le grand public, Amanda Plummer c’est avant tout les éructations ouvrant Pulp Fiction. Et pas grand-chose d’autre: la comédienne avouait que les réalisateurs l’appréciaient plus que les producteurs, friands – on le devine – de jolis minois. Aux manières racées de son père Christopher, Plummer a des traits sans âge et des pulsions de tragédienne: une poupée de chiffon un peu folle, vite reléguée aux rangs de seconds rôles plus ou moins ingrats. Même une weirdo comme Jennifer Jason Leigh pouvait se permettre le glam à la même époque: la Plummer s’en foutait.

Tourné en Angleterre pour une bouchée de scones, Butterfly Kiss est un vrai cadeau pour l’actrice, chopant au passage un accent cockney inventé de toutes pièces: l’illusion est parfaite. Sous le blase de Eunice (biblique donc forcement annonciateur de mauvaises choses), elle sautille d’une station service à une autre: l’allumée cherche une chanson qui n’existe pas, ou ou peut-être une femme, une certaine Judith, probablement inventée, réelle peut-être, qui sait. Elle finit par tomber sur une caissière plus aimable que les autres, Mimi, et lui décoche un baiser volé.

Émue, le cœur de la vendeuse timide s’envole et elle ne peut plus se passer de la mystérieuse nomade. Son petit job, sa mère alitée, son petit appartement: rien ne lui manquera au fond. Mais Eunice est agitée, imprévisible, lunaire et surtout… c’est une serial-killeuse, baisant et tuant quand l’envie lui prend, entre les serveuses trop polies et les routiers cochons. De cette folle de Dieu citant des paroles de la Bible comme des chansons, le corps semblable à un sapin de Noël sado-maso (et il faut le voir pour le croire), Mimi (émouvante Saskia Reeves) voit plus le bien que le mal, par désespoir sans doute. Sa compassion et son obstination nourrissent une liaison déréglée et pince-cœur, qui défile au rythme des aires d’autoroutes tristes à pleurer et des forêts assez noires pour y cacher des corps.

Réalisateur inconfortable et téméraire, Michael Winterbottom, qui ne passait pas encore son temps flanqué avec Steve Coogan, alliait romantisme noir et humour à froid sur une escapade meurtrière pas loin de l’antidote supra-glauque d’un Thelma & Louise lumineux. Le baptême final de son Butterfly Kiss, adoubé par les Cranberries, filmé à marée basse, comme si les deux héroïnes avaient été catapulté aux confins du monde, a quelque chose de déchirant dont on ne revient pas.

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