Boulevard des clips chaos!

Voici dix clips parmi les plus chaos au monde. A visionner en boucle jusqu’à la démence.

1. Somebody’s Watching Me – Rockwell (1983) de Francis Delia
Un clip fouuuu que l’on doit à FX Pope alias Rinse Dreams alias Francis Delia (ou Stephen Sayadian: on ne sait pas, on ne sait plus), réalisateur mythique de NightDreams et Cafe Flesh. Curieusement oubliée, cette bizarrerie est sans doute l’œuvre la plus accomplie – ciné confondu – dans la représentation du cauchemar et de l’inquiétante étrangeté. Bardé de détails grotesques qui provoquent une terreur qui ne s’explique pas, jouant avec des angles déglingués et transformant un décor banal en terrain de jeu surréaliste, Somebody’s Watching Me est vraiment un très grand moment de clip 80’s.

2. Invisible Light – Scissor Sisters (2012) de Nicolas Mendez
S’il existe bien un clip qui redonne foi dans le pouvoir de l’image, du rêve, de la transgression, et donc du cinéma, c’est bien celui-ci. Les membres du groupe crient leur absence et font appel à l’excellent studio Canada (à qui l’on doit, entre autres, les clips tous aussi insensés de Bombay ou The Less I know the better) qui leur délivre un splendide delirium de leur cru. Car nous voilà plongé dans les fantasmes d’une mère de famille, dans un kaléidoscope d’images excitantes empruntant admirablement – et volontairement – à Kenneth Anger, Jodorowsky, Bunuel, Clouzot, Franco…pour illustrer des symboles freudiens en diable. Si on ajoute à cela la disco enfiévrée des Scissor Sisters, c’est sans doute le plus beau livre d’images de ces 10 dernières années.

3. Désenchantée – Mylène Farmer (1991) de Laurent Boutonnat
Tout est chaos dit-elle. Impossible d’y louper donc. Le choix est pourtant difficile, tant toute la période Boutonnat/Farmer entre 85 et 91 regorge de clips incroyables et overbudgetés (les contes de fées revisités avec Tristana et Sans contrefaçon, Sans logique et son hommage à Goya, le Barrylyndonien Libertine, le baudelerien Ainsi soit-je, le bunuelien Plus grandir…), faisant de la vilaine fermière l’égale de Jackson et Mado au royaume des clips. Pour illustrer un sacré tube, le terrible duo filme une révolte de prisonniers pouilleux on ne sait où, on ne sait quand. Réduite à l’état de petit garçon flamboyant et androgyne, Farmer & Lolo prouvent leur goût pour la démesure, le risque, les tableaux sales et spectaculaires. La fin, à l’origine ouvertement fantastique (cavaliers fantômes et cie) fut tournée mais jamais conservée…

4. Lullaby – The Cure (1989) de Tim Pope
Tous les clips, même si ce n’était pas leur but, de The Cure étaient franchement inquiétants. Les ombres aux yeux rouges de Boys don’t cry, l’armoire qui se remplissait d’eau dans Close to me…et que voilà des spectres grimaçants, un lit carnivore, des toiles d’araignées partout… La mélodie très cul se mêlant au rouge à lèvres bazardé de Robert Smith, ses gigotements bizarres (de plaisir ? De souffrance ?), les détails chelous partout partout… c’est beau, incommodant, envoûtant.

5. Wrong – Depeche Mode de Patrick Daughters
Une bonne manière à l’époque d’ouvrir les portes de leur excellent Sound of Universe que ce single, avec ce qui restera le clip le plus dérangeant et le plus fort de Depeche Mode. Débutant comme un poème nocturne, Wrong se révèle petit à petit aussi froid et malade qu’un bon clip de Chris Cunningham à la grande époque. Son quidam, sanglé dans un masque de chair et propulsé dans un bolide incontrôlable, semble arraché d’un vertigineux et imaginaire thriller kafkaïen.

6. Bugatti – Tiga (2014) de Helmi
La merveille des merveilles. Sur un montage endiablé, des vignettes rétro, toutes inspirées de spots, de visuels ou de publicités 70/80’s se succèdent, s’enchaînent, se déglinguent… Une gourmande hypnotisante, sexy, hilarante, sophistiquée, à voir et revoir, encore et encore. C’est quand même chaos le vintage…

7. Relax – Frankie Goes to Hollywood (1983) de Bernard Rose
Satyricon qui crapahute avec Cruising, ça donne quoi? Bernard Rose, quand il était clippeur, avait la réponse. Trop scandaleux et foutrement trop gay pour la télé, le clip était un bombe lâchée en pleine hécatombe Sida. La folie. Il existe pas moins de deux ou trois vidéos différentes pour la même chanson, sans compter celle tournée par De Palma pour Body Double. Si le résultat paraît bien chaste aujourd’hui, il n’en reste pas moins d’une audace décapante.

8. Justify my love – Madonna (1991) de Jean Baptiste Mondino
Mondino/Madonna. Que c’est loin, que c’était fou. Quand tout était encore possible, Madonna monte d’un cran dans la subversion : elle a laissé derrière elle le vilain Sean et décide de s’éclater comme une furie après un Like a Prayer déjà controversé. L’ère Erotica est là. L’ère du sexe, de la débauche. Mado sexe. Mado libre. Noir et blanc éclatant, elle divague en porte jarretelles dans un hôtel borgne peuplés de créatures luxurieuses. D’orgies en orgies, enjambant les corps harnachés, ambigus et épanouis, elle en repartira comme une enfant, fuyante et radieuse. Un grand poème cul, inégalé.

9. Mask – Bauhaus (1981) de Christopher Collins
Aux balbutiements du clip, quelle surprise de (re)découvrir cette vidéo du groupe Bauhaus, tournée on suppose à la va-vite dans une usine désaffectée. Malgré l’économie de moyen, il s’agit peut-être du clip le plus flippant jamais réalisé, avec ses visages grimaçants se bousculant dans la nuit, ses ralentis macabres, son cadre tremblotant, son zombie poussiéreux émergeant de l’obscurité… Une sacrée expérience.

10. Les vacances continuent – Perez (2015) de Yann Gonzalez
Déjà parce que la chanson de Perez nous ramène à l’époque où on pouvait danser sur des chansons tristes (Dancing with tears in my eyes comme dirait l’autre) avec un morceau façon Daho Dark. Et puis parce Yann Gonzalez a déjà prouvé qu’il excellait dans le mariage entre la musique et l’image (voir son chef-d’œuvre By the kiss ou Nous ne serons plus jamais seuls, vrais courts mais vrais clips aussi), et qu’il le fait ici de manière effrontée et hargneuse. Du giallo revu à la sauce Herschell Gordon Lewis, mêlant romantisme nécrophile, éclairages pop et zombies bleutés. Jouissif.