Disponible dès le 23 octobre sur Amazon Prime Video, Borat 2, la fameuse suite-surprise avec le fameux Sacha Baron Cohen dans le rôle du fameux journaliste kazakh, veut créer les troubles-fêtes à l’aube des élections américaines. Mais entre les réseaux sociaux capables de créer des meme à la vitesse de l’éclair et le cirque Donald Trump qui se passe de commentaires, la recette, qui a marqué en 2006, fait-elle encore mouche en 2020?

Après des expériences franchement ratées (embarrassant The Dictator, pathétique Grimsby), Sacha Baron Cohen retrouve 14 ans après le premier volet à succès (plus de 262 millions de dollars récoltés au box-office en 2006) son personnage de journaliste kazakh pour une suite tournée dans le plus grand secret en pleine pandémie – tellement secrète que Amazon avait prévu de la diffuser sur sa plate-forme pile pendant la campagne présidentielle. Dans ses intentions, il s’agit de tirer à boulets rouges sur l’Amérique de Donald Trump à l’aube des élections présidentielles sous le titre, à peine lourdingue, de Borat, le film d’après: l’incroyable subterfuge au régime américain pour mettre en lumière la nation du Kazakhstan, jadis glorieuse. Aussi, à la vue du projet, deux questions se posent: comment rebondir après un kidnapping de Pamela Anderson? et Qui a envie de réécouter des sketchs de Michel Leeb en 2020? SBC imagine alors que le journaliste kazakh, condamné aux travaux forcés après la débâcle du premier épisode, se voit offrir une chance de redorer sa réputation et celle de son pays en offrant un cadeau très spécial au vice-président Mike Pence rebaptisé “Michael Penis”. A savoir sa fille de 15 ans, Tutar (jouée par l’actrice de 24 ans, Maria Bakalova) qui rêve de “vivre dans une cage dorée comme Melania“. Pour ce faire, Borat l’emmène avec lui aux Etats-Unis et lui présente notamment une “grande féministe” l’influenceuse Instagrammeuse Macey Chanel qui lui apprend à être “pas agressive“, “soumise“, “faible“.

Comme le premier film de 2006, Borat 2 a été tourné selon le même mode opératoire du faux-documentaire avec son personnage de reporter arriéré et indélicat plongé dans l’Amérique bien profonde pour semer la zizanie dans les rassemblements d’affreux monstres Américains white-trash-freak-show (avec comme d’hab plein de coupes sur les gens autour aux mines circonspectes et aux gestes démonstratifs), notamment chez les conspirationistes de tous poils anti-mesures contre le Covid-19 (cette frange de la population qui vote Trump, en gros), pour passer en revue tous les sujets frappant 2020 (Covid-19, antisémitisme, suprémacisme, négationnisme). Mais aussi pour piéger des personnalités politiques. Dans une séquence vendue comme le sommet de la subversion, Rudy Giulani, ancien maire de New York et un des très proches de Donald Trump, est victime d’une fausse “interview” organisée dans une chambre d’hôtel en présence d’une très entreprenante Maria Bakalova. L’homme, âgé de 76 ans, semble finir en fâcheuse posture, allongé sur le lit, la main dans le pantalon. Sacha Baron Cohen, sous une énième perruque, fait alors irruption dans la pièce en hurlant “qu’à 15 ans, elle est trop vieille pour lui“. C’est le climax et on se croirait revenu à l’époque du Morning Live avec Michael Youn.

Dans une tribune pour le magazine TIME, Sacha Baron Cohen a récemment expliqué comment il avait sérieusement craint pour sa vie lorsqu’il s’était invité, pour les besoins de son film, dans un rassemblement favorable au port des armes à feu dans l’Etat de Washington. C’est sûr, c’est désormais plus difficile de rire des cons à l’heure où la connerie se propage partout tel un incendie. Simple constat donc en 14 ans: les gens ne se cachent plus pour être ouvertement affreux, en Amérique comme ailleurs. Et Borat d’être un agitateur qui n’agite plus grand-chose mais qui recycle beaucoup de ses petits effets au risque d’avoir peu d’impact face à n’importe quelle vidéo diffusée sur un réseau social et à n’importe quelle chaine d’info se contentant de commenter des campagnes surréalistes. La vraie différence, en fait, que Sacha Baron Cohen, presque atone par rapport au premier où il donnait beaucoup de lui, feint de ne pas comprendre, et qui peut embarrasser devant ce faux docu obsolète et aux méthodes désormais limite, c’est que nous vivons tous dans le monde de Borat, désormais.

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