[BLOODLUST] Marijan Vajda, 1977

Ah l’Allemagne. Ses bières. Ses vampires. Pas vraiment immortels bien sûr. Point de cape, points de dents pointues. Juste le goût du sang, irrépressible, l’envie assassine

PAR JEREMIE MARCHETTI

Le premier vampire dont le cinĂ©ma s’est souvenu, librement certes, c’est le vampire de DĂĽsseldorf, qui terrorisa les rues de Cologne dans les annĂ©es 20. Globuleux et insaisissable, il deviendra M le Maudit sous la camĂ©ra de Fritz Lang. Mais avant les annĂ©es 70, les cas de psycho-killer au cinĂ©ma se font rares : sujets tabous, indĂ©niablement. Psychose ou encore L’étrangleur de Boston changeront la donne : quoi de plus perturbant de voir le bourreau au travail, sans rĂ©pit, sans concession. MĂŞme allĂ©gĂ©es de leurs dĂ©tails les plus sordides, mĂŞme inondĂ©s d’effets de styles, ces faits divers crapoteux font froid dans le dos. Durant l’explosion du cinĂ©ma d’exploitation, plus d’excuse, on montre tout.

Pour revenir Ă  nos «vampires», il s’agit en rĂ©alitĂ© d’une expression souvent utilisĂ©e par dĂ©signer les serial-killers et autres psychopathes europĂ©ens qui avaient un attrait robuste pour le sang et les chairs mortes. Chez nous, on a eu droit par exemple au cas du Vampire de Montparnasse, un sergent nĂ©crophile qui hantait les cimetières de Paname Ă  la fin du 19ème siècle. Quant Ă  l’Allemagne, après le Vampire de Hanovre (qui inspira le fassbinderien La tendresse des loups) , elle eu droit Ă©galement au cas du Vampire de Nuremberg (aka Kuno Hoffman) dont les mĂ©faits furent illustrĂ©s au cinĂ©ma dans un film Ă  la frontalitĂ© maladive. Cette petite chose atroce nous vient alors de Suisse: Bloodlust, de son vrai nom Mosquito der Schander, dĂ©laisse la suggestion au placard.

Devenu sourd-muet suite Ă  de mauvais traitements dans son enfance (ce qui donne lieu Ă  quelques flashbacks bien complaisants, pour ne pas dire franchement dĂ©placĂ©s), le garçon trouve son exutoire dans les visites de funĂ©rarium et autres nĂ©cropoles, oĂą il vient contempler puis manipuler les corps de femmes mortes. La vilaine curiositĂ© et l’appĂ©tit morbide laissent bientĂ´t place Ă  des envies de fluides dĂ©bordantes, l’obligeant Ă  dĂ©guster goulĂ»ment ce qui circule encore un peu dans les veines des macchabĂ©es (ce qui est techniquement une aberration mais bon), siphonnant ce qu’il peut avec une paille pour ensuite laisser sa signature avec un M. qui veut dire… «Mosquito».

La tentation de s’attaquer aux vivants viendra, bien sĂ»r, concluant l’odyssĂ©e nĂ©crophile du croqueur de mort. Loin, très loin de la poĂ©sie hardcore d’un Nekromantik, Bloodlust montre froidement des corps palpĂ©s, dĂ©coupĂ©s, dĂ©vorĂ©s, vidĂ©s par ce moustique des cimetières. Alors que les maquillages approximatifs pourraient porter Ă  sourire (peau de cire et rouge trop rouge), ils amplifient au contraire le malaise de ces sĂ©quences de profanations, dont le rĂ©alisme rappelle l’expĂ©rience de documentariste de son rĂ©alisateur. Un charme nausĂ©eux toujours intact, en tout cas pour ceux souhaitant s’y aventurer.

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