Avec ses références assumées ouvertement (Abel Ferrara pour les drogues et Gaspar Noé pour la forme), Bliss ne prétend rien inventer, mais il envoie bel et bien la purée, fidèle à la promesse du pitch qui accompagnait le film dans tous les festivals où il s’est produit: une variation faustienne pleine de sexe, de drogues et de rock’n roll dans le milieu underground arty de Los Angeles. Visible sur Shadowz.

Joe Begos, le scénariste et réalisateur de Bliss, a repris pas mal d’éléments de Driller Killer en y ajoutant le vampirisme de The Addiction et va jusqu’à rendre hommage à Nicholas St John, le scénariste de Ferrara, en nommant un personnage (la galeriste) Nikki St Jean. L’héroïne est Dezzy, une artiste qui a du mal à vendre ses toiles, et croule sous les ennuis: son proprio réclame le loyer, son agent à court de patience la largue, et la date de son prochain vernissage approche à grande vitesse alors que le tableau qu’elle a promis est tout juste ébauché. Pour se donner du courage, elle consulte son dealer qui lui propose ce qu’il a de plus fort, tout en lui recommandant d’y aller doucement. La substance en question, appelée «diablo», conjugue les effets de la cocaïne et de la DMT, un hallucinogène qui provoque une expérience proche de la mort imminente. Incidemment, c’est la drogue utilisée par le personnage d’Enter the void.

Dezzy achète, s’en met plein le nez et profite de l’euphorie pour rendre visite à ses potes, un couple de noctambules peroxydés à lunettes noires qui ressemblent aux vampires de Only lovers left alive. Après une partouze à trois, Dezzy se réveille chez elle, nue et couverte d’un liquide rouge poisseux qui semble avoir servi à peindre son tableau, lequel commence à prendre une forme cohérente. Mais elle n’en a aucun souvenir. Comprenant qu’elle a peut-être trouvé le carburant pour réaliser son chef-d’oeuvre, elle va en vouloir toujours plus, tout en éprouvant parallèlement une nouvelle soif qui ne s’étanche qu’avec du sang humain, qu’elle trouve chez ses proches. La suite consiste en une série de périodes d’exaltation frénétiques, suivies de black-outs et de manque.

Il y a un moment de flottement qui semble correspondre au doute du réalisateur se demandant comment éviter les redites. Au fond, la confusion est un peu inévitable compte tenu du sujet du film, mais Begos retombe toujours sur ses pieds. Il lui suffit de suivre le fil qui mène à l’impressionnant plan final et pose la traditionnelle question du prix à payer pour son art. On peut trouver la chute un peu abrupte, et un épilogue aurait été bienvenu, mais le réal devait être épuisé par tout ce qui a précédé et on le comprend un peu. Lorsque les choses partent en vrille, c’est dans tous les sens du terme, Begos faisant pivoter la caméra sur son axe pour signifier l’état de son héroïne. Les références à Gaspar sont surtout visibles dans ces moments, avec l’utilisation de la caméra portée, des angles bizarres et de l’utilisation du son (parfois très efficace comme le vrombissement qui accompagne la montée de speed). Si le style n’est pas aussi clair que celui de Noé, il s’accorde au chaos ambiant, avec sa bande son punk metal. Pour autant, Bliss repose principalement sur son interprète Dora Madison qui a un rôle difficile parce que pas nécessairement sympathique (plus Dezzy se sent menacée, plus elle est agressive avec ceux qui veulent l’aider). Mais l’actrice dépense une énergie démente et elle est solidement soutenue par ses partenaires, notamment Jeremy Gardner (The battery) qui joue son petit ami. Stupéfiant, sanglant et fracassant, le résultat mérite le détour, d’autant qu’il perpétue un genre assez rare et plus menacé que jamais. G.D.

Bliss est disponible en SVOD sur la plateforme Shadowz.

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