Ce mercredi, Netflix a mis en ligne une cinquième saison de Black Mirror réduite à trois épisodes seulement. Le résultat est consternant.

PAR MORGAN BIZET

[Mieux vaut te prévenir cher lecteur, avant de commencer la lecture de cet article remonté comme un coucou, sache que cette critique contient des spoilers. Tu es prévenu]. Retardée et raccourcie en raison du tournage de Bandersnatch, épisode interactif faussement révolutionnaire et ultra barbant, la série phare de Netflix fait enfin son retour, deux ans après une saison 4 en demi-teinte, dans un format de trois épisodes qui rappelle ses débuts so british sous l’égide de Channel 4 — avant, donc, le rachat par Netflix. Malheureusement, ce retour aux sources n’en est pas un et Black Mirror livre sa plus mauvaise saison. Le génie de Charlie Brooker semble s’être définitivement dilué et la série, déjà paradoxalement menacée par la gadgetisation et la redite, semble avoir définitivement touché le fond. Ce «miroir noir» que son créateur prétendait balancer en pleine figure au spectateur et à la société a définitivement perdu toute aspérité.

Quel horrible futur proche les créateurs de la série pouvaient-ils encore prophétiser? Cette fois, les jeux vidéo, Facebook et les hologrammes controversés des stars décédées passent à la moulinette de Black Mirror. Si les deux premiers thèmes avaient plus ou moins étaient déjà traités dans les précédentes saisons, le troisième, au cœur de «Rachel, Jack and Ashley too», laissait présager d’un petit vent de nouveauté; cet épisode est hélas le plus inoffensif que la série ait pu présenter à ce jour.

«Rachel, Jack and Ashley too» est un objet pop et mignon qui marche sur les plates-bandes du Black Mirror light initié par le toujours merveilleux San Junipero issu de la saison 3. Sauf que la passion amoureuse et nostalgique laisse ici place à un délire Made in Disney rappelant les films Hannah Montana à la sauce SF. Dès lors, il n’est pas surprenant d’y retrouver Miley Cyrus au casting de l’épisode qui y joue une sorte d’avatar nommée Ashley O. La popstar, désireuse de se tourner vers une musique plus intime et dark, se trouve au cœur d’une machination menée par son entourage afin de l’empêcher de procéder à un suicide commercial. Plongée dans un coma artificiel, son enveloppe charnelle est numérisée dans le but d’en produire un hologramme, et son esprit, toujours actif, est pillé afin d’en sortir des tubes pour un nouvel album posthume. En parallèle, deux sœurs mènent l’enquête, bien aidées par une poupée à l’effigie d’Ashley O, curieusement connectée à la popstar. Seule bonne idée, le récit est curieusement ponctué de reprises de titres de Nine Inch Nails, pervertis et scandés par la chanteuse, Head Like a Hole devenant par exemple un hymne à la réussite personnelle.

Vous pensiez avoir survécu au pire? Les deux autres épisodes de la saison 5 sont encore plus mauvais. «Smithereens» fait illusion pendant plus d’une vingtaine de minutes avec son récit rappelant fortement Chute Libre de Joël Schumacher et son cadre non futuriste — l’épisode se déroule en 2018. Le chauffeur d’un simili Uber prend en otage l’employé d’un simili Facebook dans la campagne anglaise dans le but d’obtenir un entretien téléphonique avec le créateur du réseau social, un simili Zuckerberg. La tension des débuts retombe vite pour laisser place à un banal thriller rempli de personnages et situations grotesques. Le chauffeur obtient enfin son appel après une heure d’interminables échanges et révèle son Rosebud: il a causé la mort de sa copine, car il a répondu à une notification Smithereen alors qu’il conduisait. En conclusion, le chauffeur sera tué, le simili Zuckerberg blanchi et empli de remords, et la morale distillée à coup de lance à incendie. «Smithereens» représente bien Black Mirror à son stade de dégénérescence la plus extrême.

A moins que ce titre ne revienne à «Striking Vipers», sorte de reflet amer et peu emballant de San Junipero — encore lui ! – sur l’amour numérique et les avatars. Deux meilleurs amis, fans de jeux vidéo, se retrouvent après une longue période sans se voir. Ils approchent la quarantaine et ont curieusement tous les deux une vie de couple qui bat de l’aile, le premier dans sa vie de famille de banlieusard, le second dans sa vie superficielle de producteur branché. Ils trouveront refuge dans un Striking Vipers X, jeu en réalité virtuelle où les joueurs rentrent dans la peau de leurs avatars chéris, Roxy et Lance. Néanmoins, le jeu de combat vire vite au jeu de séduction puis sexuel et la vie personnelle des deux amis se retrouve bouleversée. Sont-ils réellement attirés l’un par l’autre ou seulement par leurs avatars? Si le thème est définitivement intéressant, il est malheureusement traité avec paresse et lourdeur. La tentative de mélodrame ne prend pas et on se retrouve vite désintéressé par ce mélange de scènes de sexe virtuel laides et ratées, et d’interactions apathiques entre les personnages dans la vie réelle.

Le naufrage Black Mirror continue et on voit mal comment le capitaine Charlie Brooker pourrait être ébranlé tant la série continue à fasciner étrangement son public. Non, la série n’est pas (plus?) la grande série SF de son époque. N’est pas Rod Serling qui veut, ce n’est pas aujourd’hui que The Twilight Zone cédera son trône à un outsider.

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