[BIRD BOX] Comment Susanne Bier m’a aveuglé par sa nullité

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Sorti dans le maelstrom de «films d’auteur» Netflix fin 2018, Bird Box est le premier film de genre de la réalisatrice danoise oscarisée Susanne Bier (l’horrible Revenge, meilleur film étranger en 2011). La SF post-apocalyptique allait-elle sauver une filmographie jonchée d’insupportables mélos sirupeux et drames complaisants? Que nenni!

PAR MORGAN BIZET

Je n’avais aucune envie de me confronter à la nouvelle production de Susanne Bier, le truc le moins excitant que Netflix ait proposé en 2018 (au contraire des films de Alfonso Cuaron, des Frères Coen ou de Jeremy Saulnier). Toutefois le buzz venu des États-Unis, non le fait que Bird Box soit le film le plus streamé de l’histoire de Netflix, mais plutôt la folie des meme et du « Bird Box Challenge » qui ont inondé de manière virale le web, a attisé ma curiosité. Comment le cinéma de Susanne Bier pouvait-il autant exciter internet?

Rappelez-vous, si la Danoise a d’abord forgé sa réputation grâce à de petits mélos mineurs mais assez bien ficelés (Brothers, After The Wedding), elle a ensuite alterné productions hollywoodiennes et retour au pays à travers des œuvres allant toujours plus loin dans le pathos, les violons et le mauvais goût. Revenge par exemple, parait aujourd’hui comme le précurseur du film le plus nul de la décennie, The Last Face, soit traiter la violence de la guerre en Afrique avec une certaine obscénité via un mauvais mélo. Si j’ai miraculeusement échappé à la romcom Love Is All Your Need, j’ai hélas subi la nullité abyssale de Serena, super-mélo historique et féministe avec le duo Jennifer Lawrence et Bradley Cooper horriblement mal dirigé dans des plans plus laids les uns que les autres.

Bird Box arrive donc quatre ans après ce désastre (et une mini série tv adaptée de John le Carré, The Night Manager) sous la bannière Netflix, en pleine année charnière pour un leader mondial du streaming à la recherche d’une crédibilité cinématographique après avoir dominé le domaine de la série tv. S’il est à ce jour le film le plus ambitieux de sa réalisatrice, Bird Box est malheureusement une purge qui souffre des maux habituels des productions Netflix lambda.

Sur le papier j’ y crois (un peu): la Terre est décimée par l’invasion de créatures invisibles qui poussent les gens à se suicider lorsqu’elles se révèlent à leurs yeux. Ok, difficile de ne pas y voir une sorte de rip off du nanar sympatoche de Shyamalan Phénomènes, Bird Box exploitant d’ailleurs le même procédé d’apparition des monstres – une rafale de vent faisant crisser des feuilles. Voire même une transposition à la vue du récent Sans un bruit de John Krasinski dans lequel les protagonistes faisaient aucun bruit pour ne pas se faire croquer.

Dans Bird Box, les personnages passent donc leurs temps réfugiés dans une maison à se supporter – et c’est chaud parce que ces survivants n’ont rien de réaliste, ce sont des caricatures – ou à se bander les yeux et tenter de trouver de la nourriture. Mis à part le comique de situation provoqué par ces scènes où des fraichement aveugles se cognent un peu partout, il n’y a rien car Bier ne semble pas du tout mesurer le potentiel de son sujet. Ce qui donne des séquences au pseudo-suspense chiantes à mourir. Et il y en a une multitude, platement filmées. Et c’est rien comparé à l’horreur qu’inspirent les échanges clichés des survivants au sein de la maison. Aucune évolution depuis les chefs-d’œuvre de Romero.

Le montage du film ne vous épargnera pas ! Conçu comme un aller-retour entre le début de la catastrophe et la traversée douloureuse d’un fleuve par Sandra Bullock et ses deux rejetons à la recherche d’un refuge cinq ans après, il faut donc subir la platitude assommante de ses scènes jusqu’au bout… help !

Rien à sauver donc dans ce nanar SF qui ressemble à un direct-to-dvd au casting rutilant mais jouant affreusement mal, John Malkovich en vieux connard aigri et alcoolique à la mort archi prévisible en tête. Bullock tente ce qu’elle peut mais peine à incarner réellement le propos du film: l’acceptation de son rôle de mère qu’elle cherche à esquiver tout le film durant. Elle qui envisageait au début du film à céder son enfant à l’adoption doit, pas de bol, s’en coltiner deux mais gagne l’approbation in fine de la pédiatre qu’elle retrouve – oui, c’est absurde – au refuge. Maladresse ou conservatisme de la part de Bier? Le film m’a tellement horripilé que je suis pris soudain d’une flemme à l’idée d’explorer cette voix. Bird Box n’en vaut définitivement pas la peine.

Parait qu’il vaut mieux voir Roma de Cuaron au cinéma plutôt que sur son écran de tv. Avec Bird Box, pas besoin de taper sur Netflix ou la chronologie des médias. Avec un bandeau sur les yeux, façon « Bird Box Challenge », ça pique moins !

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