Notre sémillant journaliste Gautier Roos dresse le bilan 2018 du Chaos. Dans tous ses états – et ses éclats – cinéphiles.

4 janvier

Qui mieux que Cate Blanchett pour présider le Jury cannois? La presse accueille avec ferveur les symboles forts affichés pour ce premier Cannes post-Weinstein. Et peu importe qu’on ait quasiment que des réal et que des actrices pour compléter le panel: mais où sont donc passées les autres professions du cinéma?

9 janvier

Après avoir signé une tribune dans Le Monde sur la liberté d’importuner, Catherine Deneuve se prend des rafales sur Twitter: chacun y va de sa petite histoire avec le”frotteur du métro”, et c’est la foire d’empoigne pour redéfinir les contours de la galanterie à la française (tradition de l’élégance? indécrottable sexisme?). Deux jours plus tard, notre égérie chaos Brigitte Lahaie passe la vitesse supérieure, attestant qu’on peut “jouir lors d’un viol”. Elle va être bien gratinée cette année…

5 février

Jessica Chastain apprend qu’elle est coupée au montage de The Death and Life of John F.Donovan. Porté par un casting à la Expendables, le prochain Xavier Dolan ne sent vraiment pas bon, ce que les premiers retours du TIFF viendront confirmer à la fin de l’année. Peut-être a-t-il bien fait de ne pas l’envoyer à Cannes, celui-là.

14 février

Une parfaite inconnue dont le nom évoque des céréales bon marché (Vicky Krieps) peut-elle mettre la pâtée à Daniel Day-Lewis? Oui. Sommes-nous fous amoureux des petites rougeurs qui viennent gagner son visage dans les saynètes intimes de Phantom Thread? Oui. PTA a-t-il déjà signé le film le plus élégant de l’année? Triple oui.

28 février

Après vingt années d’expérimentations confinées au monde du court-métrage, Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico a le droit à une sortie en salle, et une campagne presse absolument dithyrambique. On commence à se dire que de jeunes auteurs formalistes chéris ici (Yann Gonz, Poggi et Vinel) pourraient connaitre une année faste…

2 mars

Dany Boon vient chercher le premier César du public de l’histoire (peut-être aussi l’un des derniers). Que retenir de cette soirée? Blanche Gardin, la moustache d’Arnaud Rebotini, Many Payet qui reprend la BO de 120 BPM, le discours bien trop long de Jeanne Balibar, et les trois prix glanés par Petit Paysan. C’est pas grand chose, mais vous vous attendiez à quoi ?

3 mars

Timothée Chalamet a beau nous énerver, il est impeccable dans Call me by your name et dans Lady Bird, et on voit mal ce qui pourrait le priver d’une chouette carrière (à part la drogue). Çà y est : on vient de comprendre que la “scène de la pêche” n’avait rien à voir avec un quelconque hameçon.

5 mars

Un communiqué bien austère de la Cinémathèque nous apprend la mort d’André S.Labarthe, dernier survivant d’une époque où le cinéma avait sa place sur le service public. Et c’est sûrement pas Philippe Sollers, autre habitué des plateaux enfumés, qui pourra nous le faire oublier.

25 mars

Matraquée à chaque début de séance, la bande-annonce du prochain Gaston Lagaffe est l’un des trucs les plus laids qu’on ait vus dans une salle cette année. Quand est-ce que quelqu’un se décide à faire un bouquin sur la trajectoire chaotique des Robins des Bois, décidément tous associés à ces crottes télégéniques du mercredi? Encore un truc qui va faire un carton.

27 mars

La mort de Stéphane Audran laisse un vide immense dans le cinéma français, qui peut toujours se gratter pour trouver des visages aussi insondables, mystérieux, élégants, subtils, et capables d’administrer la dose adéquate de second degré si besoin. Envie quasi-instantanée de revoir l’incroyable Les Biches de Chabrol, sommet du chaos érotique, peut-être pas encore tout à fait reconnu à sa juste valeur…

14 avril

Le chat noir de la Cinémathèque a encore frappé : un an après la rétrospective Alain Jessua, c’est un autre cinéaste fraîchement mis à l’honneur, Milos Forman, qui s’en va. Il faudrait peut-être s’en tenir aux artistes déjà morts pour l’année prochaine…

17 avril

Dernière de Waintrop oblige, la Quinzaine fait sa fête au cinéma français: six films sont retenus pour ce bouquet final, avec quelques curiosités dans le lot (Romain Gavras, Gaspar Noé, Pierre Salvadori…). On sait pas trop si on pourra y rentrer, mais ça augure des soirées dantesques.

19 avril

La sélection officielle du Festival de Cannes prend tout de suite un peu de panache, avec les dernières livraisons de Yann Gonzalez et Lars Von Trier en guise de compléments. Honoré et Brizé n’ont qu’à bien se tenir.

22 avril

Pour le marketing du nouveau film de Stéphane Brizé justement, encore une fois avec tonton Lindon, Diaphana ne se foule pas et reprend quasi à l’identique l’affiche de Rodin (la barbe en moins). On veut bien que ce soit un film à budget modeste, mais faudrait pas nous prendre pour des biques…

27 avril

Une hotline anti-agression pendant la durée du Festival ? Pourquoi pas, mais encore faut-il se rappeler du numéro passé minuit…

28 avril

Pour la première fois depuis 1731, ni notre Zaza Huppert, ni notre Loulou Garrel n’ont un film à venir présenter sur la Croisette. Il est là, le coup de balai promis par Thierry Frémaux, qu’on imagine d’ailleurs mal se prolonger sur 2019.

6 mai

Mauvais gag de l’actualité, qui fait décéder Pierre Rissient quelques jours avant la projo de son Cinq et la peau à peine restauré. Le plus bel hommage viendra de Lee Chang-Dong, avec un pin’s à l’effigie de ce que l’époque aime appeler “un incroyable défricheur de talents”.

8 mai

A en croire ma théorie selon laquelle on peut juger une sélection cannoise à l’aune de son film d’ouverture, on est bien mal barrés cette année : Todos los saben ressemble à s’y méprendre à une télé-novela étirée sur 2h10 (avec une certaine science du montage en plus, je le confesse).

11 mai

Deux films français sortis de nulle part transforment les marches en trottoir : Sauvage et Shehérazade illuminent la Semaine de la Critique. Toute la presse identifie sans peine ce qui sera le leitmotiv de ce festival : la fesse, et ses nombreux corollaires (amour à trois, changement de sexe, consentement ou pas, l’ultra-pulpe, l’industrie du porno gay made in France…). Sexy motherfucka’.

11 mai (toujours)

On n’y croyait plus : le film de Christophe Honoré (Aimer, Plaire, machin chose…) a du très bon, deux ans après la catastrophe estampillée Gaumont Les Malheurs de Sophie. Et si les Inrocks avaient vu juste depuis le début ?

12 mai

Marion Cotillard massacre Lio dans Gueule d’ange, mais c’est l’autre film présenté à UCR (Girl) qui crée la sensation. La hype du festival se déplace lentement vers cette sélection moins discrète que d’habitude (A genoux les gars, Border, Les chatouilles, le Bi Gan, Euforia, In My Room…).

13 mai

Notre idole Margot Kidder (Sisters, Black Christmas, Superman, Smallville saison 4) s’en va à l’âge bien précoce de 69 ans. On ne dira jamais assez à quel point on aimait sa nonchalance et cet air non concerné dont elle seule avait le secret. <3

16 mai

Entre Guy, Le Grand Bain, A genoux..., En Liberté !, Le Monde est à toi, voire Les Chatouilles, c’est la grosse marrade sur la Croisette. Et comme par hasard, ça tombe l’année où Pathé n’a aucun film à présenter…

19 mai

Cannes est un endroit un étrange, mais on se demande quand même pourquoi Sting et Shaggy font des répètes ensemble à deux pas du palais… Discours glaçant d’Asia Argento en clôture du Festival, sous forte perfusion de #MeToo: Jimmy Bennett n’est encore qu’un embryon médiatique à l’époque. Alors que la cérémonie avance, gros moment de frayeur: n’est-il pas écrit qu’avec son pudding tiers-mondiste et sa réalisatrice de sexe féminin, Capharnaüm va braquer la Palme (on entend déjà Thierry Chèze : “25 ans après Jane Campion…”) ? Au terme d’un palmarès comme souvent étrange, Hirokazu Kore-eda reçoit une Palme cette fois bien méritée, alors que sa carrière commençait à prendre un tournant mollasson. 10ème Palme pour Jean Labadie : mais comment fait-il pour avoir ce style ?

22 mai

A 85 ans, le visionnaire Philip Roth tire sa révérence. De quoi réévaluer Monsieur & Madame Adelman de Nicolas Bedos ? Trois fois non.

23 mai

Tout le monde s’en moque complètement, mais Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête arrive dans nos salles un an après sa projo à Cannes, et c’est vraiment super. L’occasion d’évaluer la sélection de l’ACID 2018, qui reste la petite déception du festoche, après nous avoir gavés comme des oies lors des dernières éditions… On pense évidemment que c’est passager.

27 mai

Apparemment, pour obtenir des financements en France, il faut glisser Pump Up the Volume de MARRS dans sa BO (Climax, Mektoub, Plaire, aimer et courir vite…). Ce qui est d’ailleurs un peu étrange : on écoutait encore ce truc, dans les années 90 ?

13 juin

Quelqu’un a reconnu Romy Schneider sur l’affiche de Trois jours à Quiberon ? C’est con : si on avait su que le film parlait d’elle (et non d’une cagole qui s’offre trois jours en Bretagne pour décompresser), on y serait allé. Pour sûr.

25 juin

La revue de”cinéma de patrimoine” (excusez l’affreuse expression) qu’on attendait est enfin là : Revus et Corrigés traite l’actualité des “vieux films” et fait le choix de laisser les 23 sorties de la semaine aux hebdos culturels, qui risquent de se tirer une balle dans le pied à force de courir après l’actualité. Le tout orchestré par des pré-trentenaires sans le moindre cheveu blanc : on espère vivement que l’aventure ne s’arrêtera pas au 3ème numéro.

6 juillet

La Belgique vient de taper le Brésil en quarts : il se passe décidément quelque chose en Russie, où les mastodontes quittent le navire de façon bien précoce (L’Espagne et l’Argentine au tour précédent, l’Allemagne dès les poules…). L’Italie et les Pays-Bas ne sont même pas du voyage : et si on se mettait à y croire un peu pour nos Bleus ?

8 juillet

Un cliché du tournage d’A bout de souffle sème la panique au sein du webzinat cinéphile : chacun adresse son plus vif soutien à À voir à lire, Culturopoing, et bientôt Chaos Reigns, vite rattrapé par cette histoire de droits d’auteur cauchemardesque. La suspension de votre site favori ressemble de plus en plus à un arrêt définitif… Et ça, même N’Golo Kanté n’y peut rien.

15 juillet

Vos témoignages nous réchauffent le cœur : puissent les Bleus nous ramener une deuxième étoile ce soir et nous faire oublier cet été brutalement devenu merdique. La sortie d’Hérédité joue elle aussi son rôle de petit remontant estival…

18 juillet

Quand on aime le cinéma de Patricia Mazuy, on est forcément un peu déçus par son Paul Sanchez est revenu ! : heureusement pour le “comique de commissariat”, En liberté ! arrive très vite sur nos écrans.

25 juillet

Après quatre ans d’absence, on s’emmêle un peu les pinceaux avec le calendrier estival de Guillaume Brac : L’île au trésor début juillet, Contes de juillet fin juillet, film qui est lui-même composé de deux films dont un qu’on croyait déjà réalisé par Rohmer il y a 30 ans (L’amie du dimanche…). Merci pour la clarté, Les films du losange.

26 juillet

Chazelle, Assayas, Audiard, Coen, Lanthimos, Leigh, Nemes, Schoeller, Tedeschi, Schnabel: Thierry Frémaux fait donc aussi la sélection de la Mostra de Venise cette année (gare au burn-out Titi).

27 août

Nos fanzouzes en rêvaient, le chaos l’a fait : une nouvelle version du site est officiellement mise sur pied, après avoir “leaké” des indices tout au long du mois. Valérie prend ses marques dans l’équipe.

28 août

On a passé l’été à écouter la BO de Climax, alors même qu’il faut patienter jusqu’à fin septembre pour découvrir le film. On prévoit d’ailleurs un énorme retour de hype de Patrick Hernandez dans vos soirées en cette rentrée.

30 août

Le cinéaste à la Palme d’or Costa Gavras vient de nous quitter à l’âge de 85 ans. Des médias tout ce qu’il y a de plus sérieux s’empressent d’annoncer la nouvelle par un push. Sauf que la Cinémathèque dément sur Twitter, et que l’homme à l’écharpe rouge (Christophe Barbier style) a l’air en pleine forme. Des médias tout ce qu’il y a de plus sérieux s’empressent d’annoncer que des médias tout ce qu’il y a de plus sérieux se sont fait avoir par un faux compte Twitter se faisant passer pour celui de la ministre de la Culture grecque.

Oui, vous pouvez constater comme nous que l’été cinéphile a été bien calme…

6 septembre

Encore une légende du Nouvel Hollywood qui s’en va : RIP Burt Reynolds. Sa nécro nous rappelle qu’il a refusé les rôles de James Bond, Han Solo dans le premier Star Wars, ainsi que celui de Richard Gere dans Pretty Woman. Mais qu’en préférant Bogdanovich, Boorman, Fuller, Aldrich et beaucoup d’autres, l’homme n’a vraiment pas de quoi rougir.

16 septembre

Nos copains de Camélia Films sont fiers d’annoncer que la rétrospective Dario Argento a conquis plus de 20 000 spectateurs. Les complétistes en profitent pour revoir encore et encore Suspiria, et fourbir leurs armes pour attaquer le gros morceau de cette fin d’année : le remake de Luca Guadagnino. On vous voit venir, les mauvaises langues !

21 septembre

Il nous aura fallu un peu de temps pour comprendre ce jeu de mots très sophistiqué : Alad’2 = Aladdin, deuxième du nom (mouarf).

2 octobre

C’est les 20 ans de Carlotta Films : pour ceux qui arrivent à se frayer un chemin jusqu’aux étagères de leur pop-up store, c’est moins 50% sur quasiment toute la boutique,et la remise en vente de coffrets épuisés depuis des lustres. Avec les soldes Shellac à -75% plusieurs fois dans l’année, on se demande si on n’est pas entrain de vivre le dernier âge d’or du DVD de patrimoine. Va encore falloir faire de la place dans les waters pour tout stocker…

17 octobre

Après une chute dans sa salle de bain (c’est du moins les infos qu’on a), le maître PeterBogdanovich est incapable d’assurer sa masterclass au Festival Lumière. Un énième accident dans une carrière qui en a connu beaucoup. Claude Lelouch, lui, est bien là.

26 octobre

Tout le monde se met soudain à chanter les louanges de FilmStruck, un “Nextflix du cinéma” dont on avait, nous on a le courage de vous le dire, jamais entendu parler. On apprendra un mois plus tard que le service est finalement sauvé de la fermeture grâce à Spielberg et autres Del Toro, mais que Criterion, présent sur la plateforme, comptait lui aussi envahir le marché de la SVOD. Bref, on n’a vraiment pas tout compris, mais grosse affaire à suivre.

30 octobre

Vous aussi,vous êtes un brin déçu par The Other Side of the Wind ? On n’est pas au niveau de L’Homme qui tua Don Quichotte, mais l’enseignement de cette année est peut-être que quand Dieu veut te pourrir ton film, c’est que c’est pas la peine d’insister.

7 novembre

Peu importe ce qu’on pense du cinéma de Claude Lelouch : c’est un peu de notre enfance qui s’en va avec le départ de Francis Lai (Un homme et une femme) à 86 ans. Da bada ba da, ba da ba da ba, comme s’autorise à titrer la presse sur les réseaux sociaux.

9 novembre

Tiens donc : Le Film Français, l’hebdo des exploitants, ne trouve rien de mieux que de consacrer sa couv’ à un visuel promo de La Ballade de Buster Scruggs (“seulement sur Netflix”). Acte politique envers le vieux monde, ou simple attrait pécunier: il est encore un peu tôt pour se prononcer. En tout cas la chronologie des médias n’a jamais semblé si proche d’être modifiée. Une question demeure, malgré tout : qui regarde encore des films sur Canal ?

22 novembre

En masterclass à la Cinémathèque, Ennio Morricone nie en bloc son altercation supposée avec Tarantino, et rhabille la presse allemande pour l’hiver. Le lendemain, il sera sur scène à 5 minutes de là, pour un concert d’adieu à l’AccorHotels Arena : comme pour Flavien Berger à l’Olympia en début de semaine, on pourra remercier nos amis privilégiés pour leur stories Instagram en forme de quasi-livestream.

24 novembre

Le grand Nicolas Roeg tire sa révérence, au terme d’une carrière définitivement chaos. Ne vous retournez pas (1973) restera sûrement le classique horrifique le plus glaçant des années 70, nous faisant soudain relativiser ce petit week-end prévu en couple à Venise.

1 décembre

Hérédité remporte la Palme du Chaos 2018. Paimon reigns.

5 décembre

On vous jure que c’est vrai: Gilles Lellouche est super touchant dans Pupille de Jeanne Herry, en plus d’être franchement convaincant. On se met soudain à réévaluer sa carrière, en se disant qu’en fait il est loin de représenter le pire de notre époque. On espère que les historiens du futur ne feront pas l’erreur de le mettre dans le même sac que Kev Adams et Philippe Lacheau.

 

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