Envie d’une sĂ©rie animĂ©e crue, sale, drĂŽle et parcourue par une discrĂšte mĂ©lancolie? Big Mouth est pour vous et c’est Ă  fouiller absolument sur Netflix.

PAR MORGAN BIZET

Tout le monde peut tĂ©moigner, la vie d’un ado/prĂ©-ado est particuliĂšrement ingrate et injuste. La faute Ă  ce fichu dĂ©sordre hormonal qui vient mettre son bordel et semer la confusion dans les cerveaux et corps de tout individu. On dĂ©couvre le dĂ©sir, certains garçons se mettent Ă  bander Ă  tout va, tandis que d’autres en restent au stade inactif. Le mystĂšre fĂ©minin s’accentue, la complexe maturitĂ© des jeunes filles laisse circonspect les boutonneux avides de porno. Les personnalitĂ©s s’affirment et explosent Ă  la pleine figure de parents absolument pas prĂ©parĂ©s. Le chaos, en somme.

Cette pĂ©riode fondamentale de changements, C’est aussi tout le programme de Big Mouth, sĂ©rie animĂ©e made in Netflix. Des «Changes» – titre de la chanson de Charles Bradley (cover soul de Black Sabbath) qui illustre le superbe gĂ©nĂ©rique de dĂ©but – qui forment la matiĂšre principale travaillĂ©e par les deux principaux auteurs, Andrew Goldberg et Nick Kroll Ă  travers une Ɠuvre qu’on devine un brin autobiographique. Ils donnent d’ailleurs leurs noms respectifs aux protagonistes.

Andrew est prĂ©coce. Son pĂ©nis est plus gros, plus poilu que ceux de ses camarades et il a tendance Ă  ne pas maitriser ses Ă©rections, encore moins ses Ă©jaculations. Nick, son meilleur ami, doit pour le moment se contenter de sa «grosse bouche» et de quelques fantasmes. Autour d’eux, c’est la mĂȘme Ă©bullition hormonale, aussi bien au collĂšge qu’au lycĂ©e des grands frĂšres et sƓurs, ainsi que chez leurs parents.

Les dix premiers Ă©pisodes globalement trĂšs rĂ©ussis, malgrĂ© une animation parfois limitĂ©e, se concentrent avant tout sur l’éveil sexuel des plus jeunes personnages, avec pour chaque Ă©pisode, une thĂ©matique particuliĂšre: l’éjaculation, la pornographie, l’homosexualitĂ©, le plaisir fĂ©minin
 RĂ©side d’ailleurs lĂ  la grande force de Big Mouth: proposer un envers fĂ©minin au chaos adolescent de Nick, Andrew et Jay (le pote bizarre et maltraitĂ© du duo) Ă  travers Jessi, Missy and co. Une justesse d’écriture qui fait de la sĂ©rie une Ɠuvre aussi progressiste que pĂ©dagogique. Mais rassurez-vous le dĂ©lire n’est jamais trĂšs loin pour provoquer l’hilaritĂ©. Car Big Mouth est surtout trĂšs drĂŽle, bien plus que les quelques blagues mĂ©ta qui parsĂšment le rĂ©cit.

Goldberg, Kroll et leur Ă©quipe d’écriture ont eu la bonne idĂ©e d’inclure quelques prĂ©sences fantastiques Ă  cette histoire. Il y a bien sĂ»r le fantĂŽme de Duke Ellington, doublĂ© par le gĂ©nial Jordan Peele, qui hante la maison de Nick et n’est jamais avare de conseils sexuels un peu trash – et en chansons s’il vous plaĂźt! De son cĂŽtĂ©, Andrew reçoit constamment la visite de Maurice, monstre hormonal au goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©viance sexuelle. Avec sa voix rauque de pervers (les doublages sont d’ailleurs particuliĂšrement excellents), il assiste nos hĂ©ros dans la dĂ©couverte de leurs pulsions, aidĂ© de ses multiples pĂ©nis poilus et de son savoir immĂ©morial. En effet, il est l’un des rares tĂ©moins de la vĂ©ritable genĂšse de la vie: elle est le fruit de l’arrivĂ©e sur terre d’un Alien excitĂ© qui aurait eu un coĂŻt survoltĂ© avec la croute terrestre, entrainant la crĂ©ation de volcans et ocĂ©ans.

Maurice devient trĂšs vite le personnage le plus drĂŽle de la sĂ©rie, dispensaire de la plupart de ses meilleurs gags. Il est d’autant plus comique qu’il se rĂ©vĂšle ĂȘtre une reprĂ©sentation rĂ©ussie de la psychĂ© d’adolescents on ne peut plus normaux du XXIe siĂšcle, Ă  l’époque des rĂ©seaux sociaux, d’internet et son porno illimitĂ© etc. Mais pas seulement, car il y a un monstre hormonal pour tous. Pour chaque garçon donc, mais aussi chaque fille (la survoltĂ©e Connie) et chaque adulte.

Si Big Mouth est un pendant animĂ©, surrĂ©aliste et encore plus cru du culte Superbad de Greg Mottola, la sĂ©rie va aussi au-delĂ  du simple rĂ©cit initiatique dĂ©lurĂ© et s’intĂ©resse aux fonctionnements et dysfonctionnements des couples Ă  tout Ăąge grĂące aux nombreux seconds rĂŽles qui viennent Ă©mailler l’intrigue principale. Comme dans l’illustre South Park, ce sont surtout les adultes qui tirent leur Ă©pingle du jeu, entre le candide professeur d’EPS, les parents psychotiques de Jay, ceux trop harmonieux et comprĂ©hensifs de Nick


Big Mouth arrive Ă  pic et vient Ă©branler le conservatisme ambiant en parlant sans tabou ni concession de la sexualitĂ© des mineurs – oui, ça existe – et n’hĂ©site pas Ă  se montrer trĂšs explicite. On conseillera Ă©videmment les Ă©pisodes les plus chaos. Notamment celui oĂč Jay vit une passion amoureuse avec son oreiller (il Ă©jacule dedans tous les matins) et qui provoquera, joyeuse aberration, sa grossesse puis l’accouchement d’un bĂ©bĂ© coussin. Et bien sĂ»r l’épisode final, oĂč Nick et Maurice partent Ă  la recherche d’Andrew tombĂ© dans la «dimension porno», oĂč ils auront comme pseudo Virgil, un Stallone juvĂ©nile sorti tout droit de L’Etalon italien, son film Ă©rotique des annĂ©es 1970, pour les guider dans les neufs cercles du bukkake, du fist et du BDSM. Un dernier acte qui ne mĂ©nage pas son suspense et nous tient dĂ©sormais en haleine pour une saison 2 annoncĂ©e par Netflix une semaine Ă  peine aprĂšs la diffusion des premiers Ă©pisodes. Une sĂ©rie qu’on est dĂ©jĂ  too horny de retrouver. [BIG MOUTH, disponible sur Netflix]

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