On aurait voulu Ă©viter le fameux laĂŻus du «impossible de refaire ce film aujourd’hui», mais pas moyen d’y Ă©chapper : en l’Ă©tat, difficile d’imaginer un film comme Barnens Ă– dans le cinĂ©ma actuel, mĂŞme dans une France disons permissive, en tout cas avec la chair et ses tracas.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Comme beaucoup de films des annĂ©es 70, venant principalement des pays du Nord et de l’Italie, le mĂ©trage appartient Ă  un courant n’hĂ©sitant pas Ă  mettre en image, de manière plus ou moins fine (ou de manière plus ou moins scabreuse) la sexualitĂ© des adolescents, voire des prĂ©-adolescents, La petite de Louis Malle Ă©tant peut-ĂŞtre l’Ă©tincelle ayant allumĂ© la mèche. Dans le cas de Barnens O, qui est un excellent film dont on suppose que l’obsession première n’est pas de choquer Ă  tout prix, pas besoin d’enfiler gants et pincettes. Seul hic, et pas des moindres puisqu’il interdit actuellement le film de territoire en Australie, un plan d’Ă©rection qui mettra mal Ă  l’aise toute personne normalement constituĂ©e. Dommage car le film s’en passerait bien d’ailleurs…Fin de l’instant SKANDAL

Tel le Oskar du Tambour, le jeune Reine, 11 ans, n’a aucune envie de rejoindre le monde des adultes. MalgrĂ© son jeune âge, le garçon voit bien les affaires de dĂ©sir, de colère, ce qui sĂ©pare et ce qui dĂ©truit. La pubertĂ© vĂ©cue comme un fardeau n’a pas encore fait son Ĺ“uvre, mais Reine sait qu’elle arrive. Il enregistre quotidiennement un journal audio et s’examine, comptant les jours qui le sĂ©pare de sa transformation comme on compterait les jours de prison. Alors qu’il doit se rendre Ă  un camp de vacances, il rebrousse chemin pour retourner dans l’appartement de sa mère et faire sa vie seul. Dans ses errances urbaines, il rejoint un atelier de fabrication frĂ©quentĂ©e par des vieilles filles, puis une troupe de comĂ©diens, affronte l’odieux amant de sa mère…chaque instant, chaque rencontre le faisant un peu plus retourner vers le monde de l’enfance alors qu’en rĂ©alitĂ©, le chemin initiatique fait son Ĺ“uvre sans qu’il ne le sache. Il sera tour Ă  tour aimĂ©, humiliĂ©, dĂ©sirĂ©, trouvera une mère de substitution au regard ambivalent, apprendra Ă  connaĂ®tre son corps et ceux des autres (en particulier une sirène chauve dont on ne sait si elle est fantasmĂ©e ou rĂ©elle), avant de s’achever dans une phase punk qui annoncera l’hypothĂ©tique âge rebelle.

Si comme n’importe quel cool kid des 80’s, Reine est un petit skater stylĂ© et dĂ©brouillard, jamais le film n’oublie son statut d’enfant. L’enfant terrifiĂ© par la nuit, par la violence des films Ă  la tĂ©lĂ©vision, Ă©merveillĂ© par les feux d’artifices ou sensible Ă  la beautĂ©. Enfant curieux, en opposition avec le monde, au bord du Styx car toujours obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e de battre le record d’apnĂ©e sous-marine. Lors de l’Ă©pilogue, on reconnaĂ®t d’ailleurs la scène de la piscine de Morse, bien que le ressort dramatique soit totalement diffĂ©rent: impossible que Tomas Alfredson, lui aussi SuĂ©dois, n’est pas vu le film! Surtout que le regard, vacillant entre cruditĂ© et tendresse, n’est vraiment pas Ă©loignĂ© de son somptueux film de vampires.

D’un autre geste, Barnens O apporte lui aussi une petite touche onirique non nĂ©gligeable; la b.o rapièce en effet de nombreux morceaux de Oxygene et de Equinoxe de Jean Michel-Jarre, garantissant un mood mĂ©lancolique et magique colorant tous les Ă©tats âmes de son jeune hĂ©ros. Une formidable cerise sur un gâteau doux-amer qu’on aimerait bien voir surgir de son brouillard de l’interdit.

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