Comme nous, vous aimez beaucoup le wunderbar chaos, contenant la promesse de glisser ses doigts mouillés sur un film abandonné dont on ne sait rien. C’est le cas de ce Babylon (sous-titré aussi Im Bett mit dem Teufel = In bed with the devil), signé par un Ralf Huetter plutôt adepte de la comédie populaire. Une œuvre dont on ne doit le salut qu’à l’obscure collection dvd Midnite Movies, qui a ressorti quelques films made in Germany sans grand bruit. Une chose est sûre: c’est que Babylon ne ressemble clairement pas à un accident de récréation ou à une commande préparée pour satisfaire un public mainstream.

Lancé sur un tempo jazzy lancinant (à deux doigts de dire: Twin Peaks-c’est-par-où-?), Babylon donne le tournis rien que dans son incompréhensible première séquence: une femme enceinte (mais l’est-elle vraiment?), quitte son siège durant la représentation d’un opéra sur un malaise fracassant, laissant sa place à un branquignol faisant mumuse avec sa maîtresse, dévoilant un sein bombé à l’autre bout de la salle. À l’hôpital, une infirmière en blouse rose déambule dans des couloirs argentesques, croise une patiente aveugle se masturbant devant un match de tennis, et retrouve la spectatrice fraîchement admise les entrailles littéralement déchiquetées. Sans prendre de grande respiration, la scène suivante tire la carte de la tragicomédie en faisant rencontrer la dite infirmière qui en a trop vu et un escroc en pleine filouterie avec un vieux couple. Mais rien n’est lourd, tout est fluide et imprévisible dans ce très curieux Babylon, où une héroïne incarnée par Natja Moi Christiane F. Brunckhorst subit un curieux chantage de son nouvel amant, un gonze qu’on prend d’abord gentiment en pitié avec sa dégaine de maquereau de la night, avant de se rendre compte que le marlou délimite un sentier de proies bien précis.

Loin d’une énième histoire de serial-killer, Babylon vrille dans le body-horror à tendance Cronenberg/Henenlotter, sans le regard froid et clinique du premier et sans la générosité gourmande du seconde (quoique…), et avec une sérieuse envie de brouiller les pistes. Nineties oblige, c’est la vision d’une capote éclatée qui nous aiguille vers une parabole du SIDA, d’une évidence presque suspecte: Babylon s’aventure en réalité au delà, dans une conclusion gonflée pour l’époque mais plus décevante pour les spectateurs d’aujourd’hui… du moins, au premier abord. Au-delà de la métaphore du MST gore, le film explore aussi bien la peur de la grossesse que celle de la solitude, allant jusqu’à ramener le concept de toxicité masculine au sens propre du terme. Au chaos, rien ne se périme…

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