On ne peut pas aimer ou ne pas aimer Avoir vingt ans. Mais on doit l’identifier comme une oeuvre unique dans la filmo de Fernando Di Leo. Cette virée hédoniste menée par les incroyables Gloria Guida et Lilli Carati est heurtée de plein fouet par les désillusions puis l’irruption d’un fait divers. Du vrai cinéma chaos en combo Digipack DVD/Blu-ray chez Artus Films.

Lia et Tina, deux jolies jeunes femmes (Gloria Guida et Lilli Carati), se rencontrent lors d’un rassemblement hippie, sur une plage, parmi les nudistes. Elles deviennent amies et, partageant de nombreux points communs (goût du risque, soif de liberté, appétence au sexe…), décident de faire du stop pour partir à l’aventure, en quête de jouissances. Parvenues au sein d’une communauté, dans laquelle se trouve notamment Vittorio Caprioli, celles qui souhaitaient rejoindre un groupe pour wanna have fun se rendent compte au final que les autres membres sont tous lobotomisés soit par la drogue soit l’esprit de sérieux. Du coup, elles ont du mal à s’intégrer, trop volages aux yeux et au goût des autres. Et la morale de préparer son vilain retour de bâton. Avoir vingt ans (Avere vent’anni) s’ouvre sur une citation extraite du livre de Paul Nizan Aden Arabia, “Avoir vingt ans. Je ne laisserai jamais personne dire que c’est le plus bel âge de la vie”. On n’en saisit pas immédiatement toute la portée. Connu pour ses polars et sa «trilogie du Milieu», plongée récemment mise à l’honneur au cœur du grand banditisme italien, Fernando Di Leo, réalisateur de polizio méconnu en France, plus connu pour ses scénarii de westerns-spaghettis (Pour une poignée de dollarsEt pour quelques dollars de plus de Leone ou encore Le temps du massacre de Lucio Fulci) n’a jamais réalisé un seul et même film. Ses films suivent la courbe d’une évolution artistique, avec le plaisir à chaque fois de s’aventurer. Ainsi, un film de guerre (Roses rouges pour le Führer en 1968), un film noir (La jeunesse du massacre en 1969), un film d’horreur (La Clinique sanglante en 1971) ainsi que des comédies inclassables.

Du carré rose qui soudain devient noir. C’est dans une veine primesautière que démarre Avoir vingt ans, âge de tous les possibles et film de toutes les trajectoires. Mais sous couvert de frivolité et d’oeuvrer dans la comédie érotique, Fernando Di Leo signe en réalité l’inverse de toutes les attentes. Les plus pervers d’entre nous s’amuseront à comparer la version censurée et non, pour se rendre compte à quel point ça grattait. Soit l’un de ses films les plus forts, tout en suscitant à son endroit des envies de colère et de bagarre. Il est question de deux femmes, de leur sexualité, de leur rapport aux hommes et de raconter aussi, en filigrane, le grand méchant loup, un contexte politique, social et culturel d’alors. Cette quête du plaisir se cogne plus d’une fois à quelque chose de très lourd dans l’Italie des années de plomb, a fortiori dans les regards que les hommes portent sur nos deux héroïnes – et celui que porte Fernando Di Leo de se révéler aussi discutable. Reste qu’à bien regarder, des années plus tard, dans cette façon de faire du corps comme du sexe une arme, le film a réellement quelque chose à voir avec Verhoeven, jusque dans le goût pour la subversion. Ainsi, s’il part de la légèreté, il louvoie, erre, parfois de manière vaine, comme des sorties de route invitant à faire demi-tour, puis il dérape, filant vers une sauvagerie inouïe. C’est d’une violence si inattendue et paroxystique que Fernando Di Leo prend le risque de détruire tout ce qui vient de se dérouler pour commencer un autre film, soudain placé sous le signe de l’horreur la plus froide. Et dire qu’on était parti pour succomber à une commedia sexy all’italiana, nous voilà bien trompés. On comprend mieux pourquoi, à force d’échapper aux cases, faisant fi des dogmes et de la bienséance, Avoir 20 ans a tant dérouté en son temps, croupissant à la cave avec les anomalies de son époque. La morale y est pourtant tout entière attachée à sa radicalité. C’est finalement rude. Ce n’est finalement pas si plaisant, ce n’est finalement pas fait pour et c’est tant mieux.

Sortie en combo Digipack DVD/Blu-ray par Artus Films le 1er juin 2021.

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