[AVE MARIA] Jacques Richard, 1984

Alors qu’aujourd’hui ce sont les cigarettes et les baisers homosexuels affichĂ©s en place publique qui donnent des suĂ©es aux emmerdeurs, dans les annĂ©es 80, il suffisait de titiller les intĂ©gristes: shootĂ©e par Bettina Rheims, Isabelle Pasco apparaissait en 1984 crucifiĂ©e seins nus sur un mont Golgotha imaginaire. On adore, mais les grenouilles de bĂ©nitiers, beaucoup moins. SKANDAL.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Étrangement, l’histoire retiendra cette image chic et choc, mais pas du tout le film dont il est question, pourtant loin d’ĂȘtre inintĂ©ressant. L’ironie, c’est que le long-mĂ©trage attaque Ă©videmment les mĂȘmes asticots venus brĂ»ler les affiches du film. Juste retour des choses donc.

Ave Maria, Ave Chaos? Un peu oui quand mĂȘme. Pas un trĂšs grand film loin de lĂ , car on ne s’improvise pas Luis Buñuel du jour au lendemain, calmons nous. N’empĂȘche, Jacques Richard (Ă  la carriĂšre tout de mĂȘme bien Ă©trange) s’amuse sans complexe Ă  conter une fable cruelle tout Ă  fait intemporelle qui se voit et se revoit avec un plaisir quelque peu dĂ©viant.

Au fin fond de la campagne française, un prĂȘtre dĂ©froquĂ© et sa compagne sĂšment le trouble parmi les paysans, entendant bien profiter de leur hospitalitĂ© et de leur crĂ©dulitĂ© pour les dĂ©pouiller. Mais d’une messe de fortune au fond d’une Ă©table, c’est une petite secte qui commence Ă  se monter, les deux larrons allant occuper la demeure d’un couple de fermiers bonnes poires. Leur fille Ursula, dĂ©jĂ  bousculĂ©e par le fracas de ses idĂ©aux religieux et son Ă©veil sexuel, tente alors de leur tenir tĂȘte.

Isabelle Pasco dans le rĂŽle de l’insolente y dĂ©butait une curieuse filmo chaos, traversant des titres improbables tels que Hors-la-loi avant de finir chez Greenaway et Beineix. Une prĂ©sence et une plastique qui l’emportent ici sur son jeu d’actrice, Ă©crasĂ©e il faut le dire par le surjeu apocalyptique du trio de fous de dieux. Quand Feodor Atkine ne joue pas les despotes, Anna Karina cabotine outrageusement en marĂątre gueularde aux rĂ©pliques hilarantes (TU VAS NETTOYER AVEC TA LANGUE! LÈCHE!) et Pascale Ogier, dont ce sera hĂ©las le dernier rĂŽle, pavane en nonne perchĂ©e, dĂ©clamant la liste des courses entre deux sermons avant de s’occuper amoureusement de ses poupons en plastique. Dans le casting de gueule Ă  la Mocky, on croise un Philppe Castillon en Ă©picier trĂšs heureux de faire l’inventaire de ses lĂ©gumes, le corps scarifiĂ© par les barbelĂ©s.

En optant pour la caricature (du moins, on espĂšre qu’il s’agissait du choix initial), Ave Maria fait oublier parfois le manque de lĂącher prise dans la mise en scĂšne, moins risquĂ©e il est vrai. Faiblesse d’écriture ou trouble volontaire, il y a aussi une vraie ambiguĂŻtĂ© quant au parcours de l’hĂ©roĂŻne, dont ne sait si elle se dĂ©robe vers une rĂ©volte assumĂ©e ou s’il s’agit d’un pur geste de destruction quasi-suicidaire, avec un exorcisme final sous le sapin de NoĂ«l pas piquĂ© des hannetons. Comme petit coup de trique anticlĂ©rical, on peut dire que Ave Maria fait son office.

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