Un film de vengeance qui gÚre le temps de façon magistrale avant de déclencher le chaos avec fureur. Kili kili kili !

PAR PAIMON FOX

Fou comme le thĂšme de ce film de vengeance rĂ©alisĂ© avant le bug de l’an 2000 est particuliĂšrement d’actualitĂ© avec son producteur de cinĂ©ma qui organise des auditions sous de faux prĂ©textes… Ici, un veuf quinquagĂ©naire ne cache pas sa solitude. D’ailleurs son entourage – son fils le premier – la lui fait remarquer. Avec l’aide d’un ami, producteur tĂ©lĂ©, il dĂ©cide d’organiser un casting pour un faux film afin de dĂ©nicher la perle rare. En regardant les dossiers de candidature, il dĂ©couvre l’Ă©mouvante Asami qui lui confie avoir arrĂȘtĂ© la danse suite Ă  un dramatique accident. Aoyama se prend d’affection pour elle, transposant ses souffrances sur celles de la jolie jeune fille. Sous ses faux airs inoffensifs et candides se cache en vĂ©ritĂ© un traumatisme inavouable…

Premier film du stakhanoviste Takashi Miike Ă  sortir en France, Audition est basĂ© sur un roman de Ryu Murakami, lui-mĂȘme metteur en scĂšne Ă  ses heures, publiĂ© Ă  l’origine dans l’Ă©dition japonaise du magazine Ă©rotique Penthouse et s’exprimant incidemment en rĂ©action aux psycho-thrillers par trop misogynes. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il dĂ©tonne dans le contexte «film d’horreur» parce qu’il ne rĂ©pond pas aux sempiternels critĂšres du genre. A la recherche d’une vraie jeune fille, le prĂ©dateur rencontre un personnage de film d’horreur et le basculement a lieu lors d’une scĂšne ultra-flippante et culte oĂč on la voit prostrĂ©e, Ă  cĂŽtĂ© d’un gros sac de toile qui se met brusquement Ă  bouger. Par chance, rien n’est gratuit dans le film de Takashi Miike, tout est trouble, voire double. En effet, si Audition est bel et bien un film d’horreur, c’est aussi et surtout une sublime d’histoire d’amour entre deux ĂȘtres qui ne savent comment aimer ayant chacun subi des traumatismes (les tortures pour elle, le deuil pour lui) et les expient façon SM.

Le monstre de vengeance est ici incarnĂ© par la superbe Eihi Shiina (armĂ©e d’une seringue sur l’affiche). D’une beautĂ© folle, elle distille du mystĂšre Ă  elle seule. Sa prĂ©sence et son charme envoĂ»tent. Pour mieux nous tromper par la suite. Rejoignant une dĂ©mence digne de Isabelle Adjani dans Possession. Son “kili, kili, kili” est inoubliable lors du climax final oĂč la violence la plus forte le dispute au romantisme le plus torride. C’est cruel et inacceptable. Comme toutes les plus grandes histoires d’amour.

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