Après des passages remarquĂ©s Ă  Brive, l’ACID et la Semaine, la rĂ©alisatrice est logiquement appelĂ©e Ă  monter les marches avec son 3ème long (et son casting plĂ©thorique). Le chaos espère vivement qu’elle conservera son anarchisme originaire, et que cette montĂ©e en gamme ne rimera pas avec assagissement festivalier…

PAR GAUTIER ROOS

Souvenez-vous de ce numĂ©ro d’avril 2013 des Cahiers du CinĂ©ma, consacrĂ© Ă  la relève du cinĂ©-game national (“Jeunes cinĂ©astes français, on n’est pas morts!”). Le mensuel avait vu juste en misant un kopeck sur celles et ceux qui font l’Ă©cosystème du cinĂ©ma d’auteur aujourd’hui (Gonzalez, Triet, Brac, Peretjatko, Zlotowski, Vinel, Masud, mais aussi le triumvirat le plus bankable des salles de moins de 300 places: Laure Calamy, Laetitia Dosch et Nicolas Maury).

Après l’expĂ©rience Un couteau dans le coeur l’an passĂ©, qui avait divisĂ© la critique en deux, Justine Triet sera la deuxième Ă  connaitre la consĂ©cration tout en haut des marches, la fine fleur de l’industrie tricolore Ă  ses bras (Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel). Une promotion qui avait peu rĂ©ussi Ă  ValĂ©rie Donzelli, elle aussi rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  la Semaine de la Critique, et son tristoune Marguerite et Julien en 2015. La Triet sera-t-elle celle qui mettra enfin tout le monde d’accord avec son Sibyl, que nos confrères privilĂ©giĂ©s n’hĂ©sitent pas Ă  qualifier de “sublime” en off?

La bande-annonce laisse croire Ă  un ensemble moins bordĂ©lique que les prĂ©cĂ©dents films de la cinĂ©aste passĂ©e par les Beaux-Arts de Paris, mais peut-on vraiment faire confiance Ă  un teaser? Ce sont des petits objets promotionnels Ă  boycotter crânement: en tĂ©moigne celui de Victoria, qui nous laissait espĂ©rer un Dat Dere de Mel TormĂ© qui ne figure mĂŞme pas dans le film (et ça c’est une fucking disgrace).

HabituĂ©e Ă  filmer le chaos urbain (les manifestations Ă©tudiantes contre le CPE dans Sur Place en 2007, les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2007 et 2012 dans SolfĂ©rino et La bataille de SolfĂ©rino), notre apprentie-peintre biberonnĂ©e Ă  l’Ă©cole Wiseman, Allan King et Jean Rouch ralliera avec brio la fiction en 2011 avec Vilaine fille, mauvais garçon). Son goĂ»t pour les femmes fortes et les garçons empotĂ©s s’y exprime dĂ©jĂ , tout comme son amour d’un burlesque trempant dans un bol de dĂ©prime, sa rĂ©sistance aux modèles et Ă  ce que l’autre appelait les “ideaux-type”, ainsi que ses emprunts aux biographies des comĂ©diens.

Une science bien rodĂ©e du dĂ©règlement dont les rĂ©fĂ©rences Ă  Cassavetes, James L. Brooks et Blake Edwards sont bien connues: on sait en revanche moins que la cinĂ©aste a beaucoup Ă©tudiĂ© le montage d’un certain… Brian de Palma.

La cocotte-minute portĂ©e Ă  Ă©bullition guidera son cinĂ©ma jusqu’Ă  Victoria (2016), comĂ©die sophistiquĂ©e qui se situe probablement Ă  Ă©quidistance du “chef-d’oeuvre” vantĂ© par Les Inrocks et de l’honnĂŞte comĂ©die existentielle que les Ă©crans français chĂ©rissent tant.

Trois petites raisons de scruter avec attention son Sibyl donc:

– Le faiseur de miracles Emmanuel Chaumet n’est plus aux manettes : on espère vraiment que la perte ne sera pas trop importante pour son cinĂ©ma.

– Le tournage Ă  Stromboli et le film dans le film estival façon Le MĂ©pris, mâtinĂ© de surrĂ©alisme fellinico-allennien : jusque-lĂ  on valide toutes ces rĂ©fĂ©rences avec notre pancarte “JE MATE”.

– Encore une scène de coĂŻt entre Virginie Efira et Niels Schneider après Un amour impossible : il en a pas marre le Niels, de faire du porno-soft avec les actrices les mieux gaulĂ©es de sa rĂ©gion (Gemma Arterton, NoĂ©mie Merlant…) Ă  chaque nouvelle apparition?

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here