Il est grand temps que l’homme Ă  tout faire du cinĂ©ma français dissipe sa rĂ©putation de “petit malin” auprès du public encore rĂ©ticent : au sein d’une Quinzaine oĂą le sexy cĂ´toie l’effroi, Quentin Dupieux et son blouson 100 % d’origine animale formeront l’une des cautions les plus attendues du Chaos.

PAR GAUTIER ROOS / PHOTO: INSTADUPIEUX

Il y a plusieurs façons de raconter la carrière Ă©trange de Quentin Dupieux: celle d’un jeune prodige de la musique Ă©lectro d’abord consacrĂ© par la French Touch – son Flat Beat fĂŞte ses 20 ans cette annĂ©e – arrivĂ© peu Ă  peu Ă  grappiller une place dans l’industrie du cinĂ©ma, aidĂ© par des rencontres fondatrices (Michel Gondry, Eric et Ramzy). Mais c’est aller un peu vite en besogne: on sait moins que le bonhomme a commencĂ© par emprunter la camĂ©ra vidĂ©o de son papa garagiste et tourner dès l’âge de 15 ans des morceaux de film d’horreur. Son premier fait d’arme, tournĂ© après voir rĂ©cupĂ©rĂ© de la pellicule pĂ©rimĂ©e Ă  peu de frais, viendra quelques annĂ©es plus tard : il narre l’histoire d’un collectionneur de chaussettes qui surprend sa compagne en plein adultère sado-maso (on aimerait bien le voir, celui-lĂ ).

Les programmes courts de Canal souhaitent le diffuser, mais sont fort embarrassĂ©s quand ils apprennent que les boucles sonores utilisĂ©es sont celles de Pierre Henry. Innocent comme tout, le Quentin se procure un synthĂ©, reproduit dans les grandes lignes l’accompagnement sonore du pape de la musique concrète: dĂ©barrassĂ© de coĂ»teux droits musicaux, il contracte le virus pour la composition sonore dissonante qui va faire sa première carrière.

PropulsĂ© dans le grand monde de la musique Ă©lectro par Laurent Garnier, le jeune homme fricote vite avec le clip et la publicitĂ©, dont il digère mal les tartufferies et petites compromissions de circonstance. A l’Ă©troit dans le fauteuil douillet du confort, il s’en va tourner Nonfilm avec les potos Kavinsky et Tellier (2001) et met du temps Ă  pondre Steak (2007), qui ne voit le jour que grâce Ă  l’insistance des rois du box-office Eric et Ramzy, et que StudioCanal sort sur… 400 copies. TrompĂ© par un marketing bien consensuel, le public familial est Ă©videmment consternĂ© par la bizarrerie noire d’un projet qui nous emmène bien au-delĂ  du second degrĂ©.

Dupieux s’exile vite Ă  LA pour la carrière bilingue que vous connaissez (Rubber, Wrong, Wrong Cops, et le majestueux RĂ©alitĂ©) avant d’amorcer un retour aux sources avec Au Poste! l’an dernier. Si la critique n’y a que moyennement goĂ»tĂ©, on est ici convaincu qu’il s’agit des dialogues les plus affutĂ©s de la dĂ©cennie : le temps devrait lui rendre justice…

Cette ouverture en grande pompe de la Quinzaine avec son Daim a tout l’air d’une consĂ©cration, mais attention Ă  ne pas le faire dĂ©vier une nouvelle fois : il se pourrait bien que le bonhomme prĂ©fère la marge de la feuille Ă  son centre consensuel. On est ici certain que la superstar Dujardin rentrera parfaitement dans le veston chaos, lui aussi, pour ce film qui ne sera pas “celui de la maturitĂ©” (le 19 juin dans les salles françaises les amis).

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