Avec Les bruits de Recife et Aquarius, Kleber Mendonça Filho s’est imposé comme un cinéaste cinéphile de classe mondiale. Bacurau s’annonce comme une exaltation de la résistance sous forme de western futuriste.

TEXTE & PHOTO: GÉRARD DELORME 

Beaucoup ont découvert Kleber Mendonça Filho avec son deuxième long métrage Aquarius, présenté à Cannes en 2016. Il y était question de temps, d’hérédité, de transmission, et aussi de la fragilité des choses et des lieux qui racontent toute une vie. En l’occurrence, celle d’un personnage puissamment incarné par Sonia Braga, une sexagénaire menacée d’éviction par des promoteurs immobiliers. Sans recourir lourdement à la métaphore, le film était un commentaire lucide et inquiet sur la vie contemporaine, pas seulement au Brésil, mais dans le reste du monde en proie à une rapacité insatiable. On sortait de la salle avec l’impression peu fréquente qu’il restait encore beaucoup à méditer sur ce qu’on venait de voir. En partie parce que l’auteur traitait son sujet avec un art consommé de la litote, et une solide confiance dans la forme, probablement acquise grâce à la cinéphilie et à l’expérience de la critique de cinéma. Sans oublier un sens très sûr du choix et du placement de la musique.

Filho et son équipe avaient profité de leur présence cannoise pour attirer l’attention sur les affaires politiques crapuleuses qui agitaient le Brésil en 2016. Cette année, le cinéaste arrive dans un contexte encore plus tendu, étant donné l’orientation pas vraiment favorable de son film vis-à-vis des nouvelles autorités de son pays. Pourtant, le projet de Bacurau remonte à loin, longtemps avant ses premiers longs métrages. D’ailleurs, il contient une idée, l’invasion, qui s’est insinuée sous des formes différentes chez les habitants des Bruits de Recife, tout comme chez Clara dans Aquarius.

Cette fois, Bacurau raconte dans une ambiance de western futuriste comment les habitants d’un village du Nordeste se sentent de plus en plus isolés et menacés. Ce qui se passe ensuite ressemble furieusement à un remake d’Assaut: le bien fait alliance avec le mal pour affronter le pire. L’hommage à John Carpenter se retrouve dans l’utilisation des objectifs Panavision anamorphiques et on peut entendre un morceau de musique électronique (Night) composé par Carpenter. L’histoire est nourrie de culture locale, jusqu’à la présence des cangaceiros hors la loi, ou de leurs équivalents contemporains. A la sauce Filho, le film s’annonce comme une fable politique d’autant plus explosive à une époque où le nouveau président du Brésil incarne une menace bien réelle.

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