Longtemps abonnĂ© aux rĂ´les de seconds couteaux qu’on remarque mĂŞme au fond du cadre, Damien Bonnard explose depuis la prĂ©sentation en compèt du très chaos Rester vertical il y a maintenant trois ans. Le voilĂ  de retour Ă  Cannes pour un premier long ambitieux (Les MisĂ©rables de Ladj Ly).

PAR GAUTIER ROOS / PHOTO: ROMAIN COLE

Le Chant du loup, Curiosa, Blanche comme neige et bientĂ´t le J’accuse de Roman Polanski : l’homme est aujourd’hui partout, baladĂ© entre des sous-marins grand public et des rafiots plus confidentiels. Une carrière patiemment construite, qui tutoie aujourd’hui les sommets après 10 annĂ©es d’errance (mais aussi d’Ă©clats) dans les arcanes du cinĂ©ma français.

Il serait un peu abusif de dire qu’elle a commencĂ© sous les meilleurs auspices (en tout cas pour nous: apparitions dans Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, Low Cost de Maurice BarthĂ©lĂ©my ou encore ce Blier empaillĂ© qu’est Le Bruit des glaçons). Difficile d’imaginer que la jeune garde du cinĂ©ma tricolore se trouve lĂ , dans ce physique imposant, capable de traverser sans accroc les Ă©poques et les genres, virant de bord aussi facilement qu’un Depardieu troquant ses costumes dans les eighties.

Une habilitĂ© qu’il a peut-ĂŞtre acquise au cours d’une première carrière sacrĂ©ment vinaigrĂ©e: pizzaĂŻolo, manĹ“uvre sur des chantiers, pĂŞcheur au Canada, assistant de direction dans un laboratoire du CNRS, assistant d’artistes, et mĂŞme touriste intermittent venu flâner deux mois sur les traces d’Albert Camus en AlgĂ©rie. La seule certitude de cet itinĂ©raire qui rendrait plus d’un parent hĂ©licoptère inquiet: l’allergie “Ă  la vie de bureau”, gĂ©nĂ©ralement un prĂ©lude Ă  une grande destinĂ©e, si l’on en croit l’Ă©mission de Laurent Delahousse.

Deux films Ă©minemment chaos vont lui offrir un joli coup de projecteur: un rĂ´le de gardien de nuit dans le prodigieux Mercuriales de Virgil Vernier (2014), et celui d’un papa en dĂ©shĂ©rence lozĂ©rienne dans Rester vertical du patron Guiraudie (2016). Deux films radicaux dont on peut dire sans trop se mouiller qu’ils marqueront la dĂ©cennie du cinĂ©ma français.

Le secret de cet underplay nonchalant et lunaire, qu’il est un peu le seul Ă  composer dans notre cinĂ©ma franchouillard? Guiraudie appelle ça de la “dĂ©sinvolture concernĂ©e”: des personnages embrumĂ©s (C’est qui cette fille?, En libertĂ©) qui dĂ©lèguent leur existence Ă  la procuration (remember cette relation contrariĂ©e avec Adèle Haenel chez Salvadori, l’un de nos beaux moments de poĂ©sie vĂ©cus sur la Croisette l’an passĂ©). Une rĂŞverie qui se prĂŞte plutĂ´t bien Ă  la poĂ©sie, et qui peut donner lieu Ă  des Ă©tincelles comiques : on compte sur Wes Anderson et Dominik Moll pour exploiter le crĂ©neau dans leur film Ă  venir… Pour revenir Ă  nos moutons, Damien est attendu dans l’intrigant Les misĂ©rables en compĂ©tition au Festival de Cannes qui sera projetĂ© ce mercredi. Vite, la suite!

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