[ARGENTO MEETS TRUSSARDI] Instant Chaos

Voir Dario Argento plonger dans l’univers dans la mode n’a rien d’un hasard extraordinaire (mais, au début, ça surprend un peu).

PAR JEREMIE MARCHETTI

Peu de temps après une collaboration avec Giorgio Armani (plus précisément pour les costumes de Phenomena et de Démons 2), Dario Argento est invité à mettre en scène un défilé de Nicola Trussardi. Inutile de préciser que le geste sera tout sauf académique, et que le bonhomme réussira à plier ses obsessions dans un univers tout de même assez sage (en particulier si on pense à Trussardi). C’est donc à l’occasion de la collection Automne/Hiver qu’Argento pose ses gants en cuir sur le runway : tout commence très gentiment, ambiance détendue en mode «allons un boire un verre avec Jacqueline ce soir». Le néon d’un boui-boui s’illumine au fond de la scène, on s’amuse, on s’affiche en noir, en noir et en noir. Grace Jones rugit. Puis deux hommes à la mine patibulaire s’attaquent à un mannequin: vêtements déchirés, corps poignardé. On se débarrasse de la défunte en l’emballant dans un drap blanc bientôt sale.

Puis tout continue comme si rien n’était, comme si cet éclat de violence n’avait été qu’une hallucination, un fantasme lointain. La rêverie à la Dario revient à la charge: les mannequins surgissent de la brume, la caméra s’attardant – quel hasard – sur les gants et les bottes en cuir de ces dames et messieurs. Soudain alerte Kate Bush avec Running up that hill parce que pourquoi pas hein. On allume à fond des machines à tempêtes : les mannequins sont alors soufflées par une brise de folie, faisant flotter cheveux et tissus, au ralenti bien entendu.

Vient alors le clou du spectacle : l’obscurité totale, le tonnerre, les éclairs zébrant une façade gigantesque qui s’ouvre alors telle une immense porte. Des mannequins en robe moulante en surgissent, traversant le rideau de pluie de cet orage imaginaire. Le fameux Telescope de Pino Donaggio, emprunté au Body Double de Brian de Palma (un giallo à l’américaine) retentit, tout en soupir orgasmique. Les mains tentent de réchauffer la peau glacée et glissent sur les robes mouillées. C’est sublaïme ma chérie comme dirait l’autre. 80’s oblige, tout le monde se rejoindra trempé sur la piste pour les remerciements, orgie aquatique et insouciante où Argento rejoint la foule en délire. Folie sans lendemain que tout cela? Non. À y regarder de plus près, les séquences sur scène dans Opera emprunteront la même esthétique corbeau façon gothic chic choc.

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