Une veuve sicilienne joue les diseuses de bonne aventure sans avoir aucun véritable pouvoir. Au contraire de son fils qui, lui, possède un réel potentiel qu’elle va aider à développer. En hommage à Lucia Bosé, le Chaos ressuscite ce trésor oublié.

Étrange destinée que celle de Giulio Questi, qui avait marqué les esprits avec le western spaghetti le plus autre du cinéma transalpin, un Tire encore si tu peux à la noirceur âcre, au sadisme ébouriffant, et qui ne se lassait jamais de donner quelques coups de coude au film d’horreur gothique. Même lorsque Questi joue la carte du giallo avec La mort a pondu un œuf, il transforme une énième variation des Diaboliques en descente aux enfers psyché. Mais après le passage à deux genres populaires, les chiens sont lâchés avec Arcana, film insaisissable condamné aujourd’hui à hanter les Cinémathèques puisqu’il n’existe aucun dvd à ce jour, et c’est le dernier film de cinéma de Questi avant que celui-ci n’aille se réfugier à la télévision. Une expérience cinématographique très autre donc qu’on rapprocherait volontiers d’Un coin tranquille à la campagne d’Elio Petri, avec son Franco Nero saucissonné et sombrant dans une folie meurtrière vaguement nécrophile. Pas de hasard: les deux hommes s’étaient déjà serrés la pince sur le mondo Nudi per Vivere. Mais Arcana s’autorise à aller plus loin que le simple dispositif du thriller arty, comme si Questi s’emparait du néo-réalisme pour lui jeter un sort de strega.

Le carton d’introduction dresse déjà la nappe: «Ce film est un jeu de cartes dont vous êtes les joueurs. Jouez bien et gagnez». On ne vous mentira pas: Arcana est loin, très loin d’être le film le plus fou produit en Italie dans les 70’s, mais il fait assurément partie des plus déconcertants. Dans un Milan poisseux, une voyante (Lucia Bosé) organise des séances où elle arnaque en masse des gens de la haute fort troublés, se laissant porter par des transes fantoches où les plus influençables vont jusqu’à s’inonder d’urine. Venue du Sud, la machiavélique diseuse de bonne aventure aura trouvé cette tactique pour prendre sa revanche sur la bourgeoisie, entrainant son ado de fils dans son projet. Fiston d’ailleurs de plus en plus rebelle et indomptable, développant dans un climat de furie incestueuse des pouvoirs qu’il ne peut maîtriser lui-même.

La venue d’une cliente séduisante (la toujours magnifique Tina Aumont) va réveiller des pulsions incontrôlables chez le garçon, dont la présence provoque chez certains d’étonnants pics de folie. Comme les membres de cette famille voisine qui, à la nuit tombée, se mélangent dans leur chambre, quand ce n’est pas la grand-mère qui s’en va sucer le sang de son petit fils! Chaos des villes, chaos des champs: dans un montage parallèle surgissant de nulle part, un vieil homme asticote son violon en plein village sicilien alors qu’ailleurs, l’héroïne possédée vomit une dizaine de grenouilles au ralenti. Dingo. Couvert d’une chape de plomb, Arcana est une œuvre malveillante et éclatée, où Milan ressemble à une usine de mort, et où son métro, dernier cri de la technologie, tue ses ouvriers à l’ombre du monde. Questi tire les cartes: dans cette cohue, la magie ne sauvera rien ni personne.

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