Dans les annĂ©es 70, John Mackenzie n’avait pas peur de filmer des jeux interdits. Très interdits…

PAR JEREMIE MARCHETTI

Coucou, c’est l’heure du chaos: savez-vous oĂą sont vos enfants?! Il y a quelques annĂ©es, la BFI a sorti de son placard Ă  archives de nombreux films de la Central Office Information, dont la valeur se veut plus documentaire et sociologique que vĂ©ritablement cinĂ©matographique. En tout cas pour la plupart… Parmi eux, de nombreux courts destinĂ©s Ă  sensibiliser les plus jeunes, concept qui ne relève d’ailleurs en rien d’une spĂ©cificitĂ© britannique. On y prĂ©vient donc des dangers du quotidien, allant des conditions de sĂ©curitĂ© pour faire du skate aux sorties en plein airs…mais avec quels moyens! Say no to strangers de 1981 par exemple, Ă©voque – comme son titre l’indique – les rencontres qu’un enfant peut faire avec un inconnu et comment lui dire non. Si l’exĂ©cution n’est ni racoleuse ni rĂ©prĂ©hensible, on suffoque parfois en raison du rĂ©alisme froid des saynètes et l’atmosphère très gloomy, nous rappelant au passage Ă  quel public il Ă©tait destinĂ©. Au delĂ  du chaos, Apaches lui, bat des records.

RĂ©alisĂ© lui aussi par John Mckenzie, auquel on devra plus tard le cultissime Long good friday (1979), il glace l’Ă©chine tant son concept brutal le rapproche davantage d’un pur ovni que d’un innocent film Ă©ducatif. D’ailleurs, on imagine sans peine les longues nuits blanches qu’ont dĂ» passer les Ă©coliers ayant vu la chose… Le temps d’un beau money-shot, un groupe d’enfants dĂ©guisĂ©s descendent la colline surplombant une petit village anglais. Le doute est permis: s’agira t-il d’une Ă©nième escapade de killers kids (très Ă  la mode Ă  l’époque, entre Les rĂ©voltĂ©s de l’an 2000, Devil Times Five ou The Children) ou au contraire d’une rĂ©flexion sur le mimĂ©tisme des jeux d’enfants sur le monde violent des adultes (gunfight, cowboys et indiens…)? DĂ©finitivement non.

Mckenzie filme si bien les gosses et leur propension Ă  accorder leur imaginaire que cela pourrait durer longtemps. Et puis, soudain, c’est le drame. Durant près d’une demi-heure, Apaches joue la carte du massacre tristement rĂ©aliste oĂą chaque petit protagoniste finit par rendre l’âme dans un coin du dĂ©cor. On ne vous spoilera pas grand-chose, mais sachez que McKenzie n’hĂ©sitera Ă  filmer par exemple une noyade dans une fosse Ă  purin! Chaque deuil est symbolisĂ© très froidement par un geste terrible (un nom qu’on efface, une chambre qu’on range, un casier qu’on vide) et les jeux recommencent, dans un cycle volontiers absurde et terrifiant. Bien que dĂ©nuĂ©e de sadisme, l’expĂ©rience en devient Ă©prouvante lorsque la mise en scène commence Ă  jouer avec le moindre faux pas, le simple mouvement de trop, comme si la mort pouvait frapper Ă  n’importe quel moment.

Si Apaches ne cède en rien Ă  un gore grotesque, sa violence crue et son utilisation du hors-champs saisissent d’effroi (un cri dĂ©chirant la nuit se relève bien plus perturbant que la vision d’une tĂŞte qui roule sur le sol). En guise d’épitaphe, le gĂ©nĂ©rique de fin nous relève une spectaculaire nĂ©crologie d’enfants ayant tous passĂ©s l’arme Ă  gauche dans des accidents domestiques. Pas de problème, le message est passĂ©. Cher parents du chaos, vous ne risquerez plus de laisser sortir vos mĂ´mes après ça…

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