Année Bissextile marque la première réalisation de Michael Rowe, un dramaturge Australien ayant migré au Mexique. C’est surtout un film qui ne demande pas de seconde vision, qui dit tout au premier choc.

PAR ROMAIN LE VERN

Je m’appelle Laura. J’ai 25 ans. Je suis célibataire et passe mes journées dans mon petit appartement à Mexico où je me protège de tout (les bruits, les regards, les agressions) et de vous. Le reste du temps, je rédige quelques articles où je parle mieux des autres que de moi-même, j’appelle ma mère au téléphone, je vois mon frère de temps en temps ; mais, je me sens terriblement seule. Seule à en crever. Je suis obligée de sortir le soir pour rencontrer des hommes qui veulent de moi, juste pour une nuit. Je donne tout, je ne reçois rien. Depuis quelques jours, je baise avec un mec « différent ». Il s’appelle Arturo, il n’est ni beau ni moche. Tout ce que je sais, c’est qu’il veut de moi et que, moi, je serai prête à tout pour qu’il continue d’avoir envie. J’ai bien dit « tout ».

Passé un prologue elliptique (un regard et on a tout compris de la solitude de l’héroïne), la suite ne se déroulera que dans l’appartement de Laura (Monica Del Carmen). Fanée par les relations humaines, elle peut y promener son corps qui a vieilli précocement.

La première prouesse de Michael Rowe, c’est d’avoir envisagé une histoire qui se déroule à la fois dans la société et complètement en dehors. Rien ne doit dépasser du cadre : si Laura s’enferme chez elle, c’est parce qu’elle n’a plus rien à attendre de l’extérieur. La communication se réduit à des coups de téléphone et des échanges de mail. Sans que rien ne soit expliqué, on la voit s’enfermer progressivement dans une apathie dépressive attendant le désordre neuf, le sang à la bouche. Pendant ce temps, le désir hurle silencieusement.

Il a pourtant suffi qu’un homme de passage la regarde différemment, lui fasse l’amour comme elle n’osait plus l’espérer, remplisse son vide. Il revient un soir, puis deux. Avec lui, elle commence à nouer une idylle sadomasochiste, à chaque fois plus extrême pour ne pas le perdre. Jusqu’à la dernière étreinte, filmée crûment, qui annonce un coup de théâtre inversant les rapports de force. Ce que l’on voit est très simple, mais engage en profondeur la sensibilité et la réflexion du spectateur.

Sur un mode totalement anti-dramatique (linéarité obstinée, burlesque minimaliste, rigueur obstétricale des plans), le cinéaste filme la tension érotique, la fantasmagorie Buñuélienne, les illusions Bovarystes. Il transforme l’appartement de Laura en univers mental déliquescent où gravitent des cafards, où s’écroule le ferment de la sous-culture mexicaine. On pense au nouveau cinéma Mexicain représenté par quelques adeptes du jeu profane avec le sacré comme Carlos Reygadas (Bataille dans le ciel), Pedro Aguilera (La Influencia) et Amat Escalante (Los Bastardos) mais pas seulement.

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