Comment se porte le cinéma français en cette année confinée? Profitant de la non-tenue de Cannes, le Festival du film francophone d’Angoulême, chapeauté par Domi Besnehard et Marie-France Brière, a notamment offert un coup de projecteur à quatre films labellisés Semaine de la critique à Cannes. Petit passage en revue des choses qu’on a vues (et des principaux bruits de couloir) pendant ce cru 2020 particulièrement relevé.

Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal
On nous l’a vendue comme la comédie revigorante de ce mois de septembre, et on n’a pas été déçus. Un Laure Calamy movie dans lequel la spontanée héroïne s’embarque sur les traces de Stevenson (Voyage avec un âne dans les Cévennes): la belle est à la recherche de son amant, un Benjamin Lavernhe ayant lâchement abandonné ses vacances adultères pour s’embarquer en terre cévenole avec sa femme et sa fille. Sur son chemin, Antoinette croise la route de toute une galaxie de personnages guiraudiens, dessinés avec une précision telle qu’on a très envie de voir Les autres filles (2000), seul et unique long-métrage de la réalisatrice avant ce retour aux affaires courantes deux décennies plus tard. Comme à son habitude, Marc Fraize (Problemos, Au poste!) compose un second rôle irrésistiblement préoccupant: est-ce qu’on peut savoir pourquoi cet acteur monstre est si peu utilisé par nos cinéastes français?

Éléonore de Amro Hamzawi
Aussi bizarre que cela puisse paraître, on avait goûté le Doubles Vies d’Oliv’ Assayas (ces dernières années, le cinéaste avait pourtant tant déserté le chemin du chaos qu’on s’amusait à le qualifier de «frère du critique rock»). Manger ici du Nora Hamzawi à chaque plan pendant une heure et demie relève d’une autre paire de manches. Le film est absolument conforme à ce qu’on peut attendre: une anti-héroïne versant dans la (si balisée) crise de la 35aine accumule les petites galères sentimentales et professionnelles dans un Paris rive droite boboïsé jusqu’à l’étouffement. Le projet aurait pu charmer s’il n’avait pas été autant cousu de fil blanc: voyez comme la soeur d’Eléonore (la trop discrète Julia Faure), parfaitement à son aise dans ses Louboutin, endosse le rôle de la petite fille chérie qui PAR CONTRASTE collectionne les réussites et ne connait même pas la définition du mot dépression… Un premier long qui respire très fort les intentions: la team aventureuse d’Ecce Films (qui a en général son rond de serviette ici chez nous) assumera-t-elle ce machin jusqu’au bout? La semaine spéciale promo chez Quotidien est-elle déjà bookée?

La Nuée de Just Philippot (Semaine de la critique)
Raides dingues du film nous étions après la projo, raides dingues du film nous sommes toujours une semaine après. «C’est quand même mieux que Grave» avons-nous beaucoup entendu parmi les privilégiés présents à cette séance du soir (nous vous confirmons qu’on peut très bien aimer les deux). Prévenons donc les snobinards allergiques au panurgisme festivalier: le film semble avoir été apprécié dans la plus grande unanimité jusque-là…

Ibrahim de Samir Guesmi
Deux mots sur le film de Samir Guesmi, second rôle stakhanoviste du cinoche d’auteur français (comme tout le monde, on l’aime beaucoup), qui s’est offert une razzia au palmarès avec 4 statuettes. Une délicate relation père-fils dans laquelle il campe un écailler officiant dans un restau des beaux quartiers. Au vu des échos, ça sent plutôt bon. Pas eu le temps de le voir, en ce qui nous concerne.

De l’or pour les chiens de Anna Cazenave Cambet (Semaine de la Critique)
Un Charles Tesson ému aux larmes pour présenter ce premier film de la sélection: Esther, une jeune femme du Sud de la France va, à la fin de l’été, partir à Paris sur les traces d’un amour saisonnier. Elle vivra un périple intense et romanesque. Est-ce un premier long fémisard que nous avons déjà vu 1 000 fois? Non, mon capitaine: il suffit de voir à quel point notre post-ado semble insaisissable pour comprendre qu’on a affaire ici à autre chose, c’est-à-dire un film ayant pour fil rouge le regard à tomber d’une nouvelle actrice promise à un avenir radieux, Tallulah Cassavetti. Vous constaterez que le film est divisé en deux blocs: personne ne semble trop d’accord sur quel morceau il préfère, ce qui a pas mal rallongé le temps de la clope d’après-séance, et ce qui nous donne pas mal envie de le revoir, à un horaire où le risotto à la truffe fera un peu moins d’effet sur notre cortex somatosensoriel.
PS: Koudlam à la musique

30 jours max de Tarek Boudali
Du grand cinéma, quelque part entre Malick et un Almodovar estampillé Movida (on déconne, on a évidemment pas vu ce truc, vouant une haine incommensurable à Fifi Lacheau et sa bande: heureusement qu’on n’a pas croisé leur route au troquet du coin).

Garçon chiffon de Nicolas Maury
Comme De l’or pour les chiens, l’équipe de Charles Gillibert est aux manettes de ce premier long signé par un comédien ayant basculé des planètes Garrel et Gonzalez vers le prime time de France 2 (nos Angoumoisines lectrices de Télé 7 jours étaient toute revigorées de retrouver leur chouchou de 10 %). La dramédie commence assez mal – les mines graves de l’ensemble du cast nous promettent une heure et 58 minutes d’ennui poli – et pourtant, le film gagne peu à peu en émotion, dès lors qu’il accompagne ce personnage d’acteur en plein doute dans sa retraite limousine (on parle ici de la Nouvelle-Aquitaine, pas d’une voiture aux dimensions disproportionnées dans laquelle on s’enfile du champagne industriel). Les habitués du Christine 21 apprécieront la private joke au début du film. Nous autres, on retient surtout une délicate scène de piscine, moment de non-rencontre amoureuse entre Nicolas Maury et Théo Christine, révélation que vous retrouverez bientôt dans une demi-douzaine de pastilles Konbini puisqu’il incarne Joey Starr dans le biopic attendu d’Audrey Estrougo, Suprêmes.

La pièce rapportée de Antonin Peretjatko
Apparemment, il est devenu de bon ton de taper sur le père de La fille du 14 juillet (2013): dire qu’on a aimé cette pièce de choix, où l’on croise notamment la Balasko et Katerine, nous a valu de drôles de noms d’oiseaux, y compris de la part de gens qui étaient pliés en quatre dans la salle (faux-culs, va). Variation policière autour du bovarysme, la comédie va chercher des moments d’interstice étranges, rappelant un absurde langagier à la Dupieux/Forgeard qu’on chérit particulièrement ici… en supplément d’un humour burlesque dont Peretjatko est devenu le fin limier tricolore. On n’avait plus vu la Demoustier filmée comme ça depuis une paie, dans une composition ici très vimalaponsienne: il n’en fallait pas plus pour retomber dans nos béguins adolescents.

Slalom de Charlène Favier
Une relation d’emprise entre une élève de la prestigieuse section ski-études (Noée Abita) et son entraîneur jusqu’au-boutiste (Jérémie Renier, à qui ce rôle ambigu sied bien). Un film qui ne cause pas beaucoup et qui préfère observer son héroïne dans son sacrifice physique et personnel: on n’aime pas beaucoup comment les personnages secondaires sont vite expédiés, on apprécie beaucoup comment la Noée refuse de se soumettre à une quelconque autorité morale qui aurait, au vu du sujet, guetté bien des cinéastes soucieux d’arrondir les angles. Entre «Je zappe» et je «mate», on choisit donc la dernière option.

La Terre des hommes de Naël Marandin (Semaine de la critique)
Le même synopsis que le film précédemment cité, mais cette fois entre une fille d’agriculteur s’étant donnée pour mission de sauver l’entreprise familiale de la faillite (Diane Rouxel), et un Jalil Lespert dont on ne comprend pas trop s’il est là pour les aider ou pour les entourlouper. On met un petit peu de temps à rentrer dedans, mais on se laisse finalement totalement prendre par cette fable bien plus dérangeante qu’elle n’en a l’air: débat assuré avec votre voisine de gauche sur ce «chantage de fin» sur lequel vous sera absolument sommé d’avoir un avis.

Adieu les cons de Albert Dupontel
Pas vu le nouveau Dupontel, qui n’est visiblement pas sans rapport avec le Police d’Anne Fontaine (Virginie Efira y épuise apparemment tous ses paquets de Kleenex), et qui renoue avec les premières amours du cinéaste: du cinéma de gros bourrin avec de l’humour noir dedans. Pourquoi pas.

Sous le ciel d’Alice de Chloé Mazlo (Semaine de la critique)
Une épopée familiale originale dans le Liban des années 50 aux années 70 – ce qui n’a rien d’une coïncidence puisque le film traite de la guerre civile – avec une actrice à la filmo balèze (Alba Rohrwacher) et un dramaturge ayant une petite carrière derrière lui (Wajdi Mouawad). Poésie en carton-pâte, course à la conquête spatiale et bombardements intempestifs sont au programme de ce premier long (encore un) qui prouve que le Festival du film francophone donne aussi sa chance à des propositions formelles radicales. N’en déplaise à Tarek Boudali.

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