[ALPHA BLUE] Gerard Damiano,1981

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Quand on met le porno amĂ©ricain sur la table, impossible de passer Ă  cĂ´tĂ© de Gerard Damiano, que ce soit avec les fondateurs Gorge Profonde et Devil in Miss Jones, les Ă©lĂ©gants Story of Joanna et Memories within Miss Aggie, ou le foufou Let the Puppet Come et ses muppets lubriques. Étrangement, la suite de sa filmo porte moins Ă  dĂ©bat (beaucoup de films ont disparu de la circulation, il faut le dire aussi). Comme cet Alpha Blue diablement intĂ©ressant, entamant le tournant avec les 80’s, s’approchant par la mĂŞme occasion du dĂ©clin d’un certain âge d’or du porn.

PAR JEREMIE MARCHETTI

ÉditĂ© dans la dĂ©funte et culte collection Scherzo, Alpha Blue est un surprenant cas de porno de SF non parodique, l’exercice Ă©tant – manque de budget sans doute – souvent tournĂ© en dĂ©rision, comme ce fut le cas avec des titres comme Star Virgin, La bestia nello spazio ou Star World. Ici, on ne peut pas dire que l’argent scintille Ă  l’Ă©cran (quelques salles kitsch, un terrain vague pour le monde extĂ©rieur), Damiano ayant le chic pour traĂ®ner aux limites du Z sans y tomber. Il faut que dire que comme Ă  son habitude, l’acting convaincant aide bien Ă  se glisser dans le bain.

Aux premiers regards, Alpha Blue pourrait cependant paraĂ®tre dĂ©cevant, car loin du canon Damiano, d’habitude plus apte Ă  exploser les codes du porno, qu’Ă  remplir le cahier des charges. Car Alpha Blue est un enchaĂ®nement quasi interrompue de sexe dĂ©bauchĂ©, oĂą les personnages vont et viennent (littĂ©ralement aussi), sans qu’on retrouve la puissance romantique, et mĂŞme morbide de l’auteur. Mais ça, c’est au premier regard… car Alpha Blue cause d’un futur oĂą tout est devenu superflu, sauf le sexe. Les «satisfiers of Alpha Blue» sont des corps chiffrĂ©s, casĂ©s, prĂ©parĂ©s et vouĂ©s au sexe Ă  la carte, dans un climat d’hĂ©donisme clinique, sans soleil ni amour. Le monde est devenu un bordel oĂą surnage encore le dernier des romantiques, qui cherche en vain Ă  initier son «hĂ´tesse» Ă  des plaisirs plus spirituels, comme un dĂ®ner aux chandelles soudainement exotique.

Sous ses dehors mĂ©caniques, Alpha Blue distille une fibre meta passionnante, oĂą comment cette avalanche de sexe dĂ©sincarnĂ© semble annoncer le futur du porno, et peut-ĂŞtre mĂŞme le futur du sexe. A regarder nos jours actuels oĂą les plans culs dĂ©bordent au bout d’un clic, Damiano nous damne le pion. Étonnement, Alpha Blue fait partie de ses rares films optimistes, dĂ©nuĂ©s du parfum de mort parfois obsĂ©dant flottant autour de ses Ĺ“uvres majeures.

Si on a connu l’homme plus Ă©rotique et plus inspirĂ©, on saura apprĂ©cier au moins trois scènes de sexe dĂ©mentes: une fellation au ralenti commentĂ©e par une des prĂŞtresses de l’Alpha Blue, rappelant bien que la parole est une belle accompagnatrice chez Damiano (renvoyant Ă  la mĂ©morable dĂ©couverte de la fellation dans Devil in Miss jones); la rencontre enfiĂ©vrĂ©e entre une maĂ®tresse sm et un Ă©phèbe versatile, donnant lieu Ă  des mouvements peu explorĂ©s dans le porno lambda (urophilie, pegging, et mĂŞme un fist dans une autre sĂ©quence); et un formidable Ă©pilogue oĂą le hĂ©ros converti sa «satisfier» Ă  coup de reins jusqu’Ă  que celle-ci explose en dĂ©clarations passionnĂ©es. LĂ  au moins, Damiano nous rappelle pourquoi on est si bien chez lui…

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