[ALL INCLUSIVE] Ivre, il va voir le Fabien Onteniente

0
779

Certains titres, accolĂ©s au nom de leur rĂ©alisateur, donnent dĂ©jĂ  une certaine idĂ©e du rĂ©sultat. Ainsi, lorsqu’on fait se rĂ©unir les entitĂ©s «Fabien Onteniente» et «All Inclusive», on sait dĂ©jĂ  que l’on tient lĂ  un potentiel manifeste, un concentrĂ© de tout ce qui constitue la patte du crĂ©ateur de Camping: beauferie dĂ©complexĂ©e (après tout…), mise en scène niveau Claude Zidi 70’s, comĂ©diens qui viennent se murger, dialogues piquĂ©s aux piliers de comptoir du coin… Bref, avec Fab La Honte – son surnom, chez certains cinĂ©philes pervers –, on connaĂ®t dĂ©jĂ  le potentiel taux de cholestĂ©rol et de triglycĂ©rides, constituant l’ADN de son univers…

… Qu’avec un peu de bonne (ou mauvaise) foi, on a pu parfois apprĂ©cier sans oser se l’avouer. C’est sale, je sais bien, mais, allez, dites-le, ça fait du bien… Il y a plus de vingt ans, dĂ©jĂ , A la vitesse d’un cheval au galop et Grève party laissaient augurer d’un petit maĂ®tre de la comĂ©die. Dans Jet set, Lambert Wilson se montrait assez Ă©patant (bon, Samuel Le Bihan, un peu moins…). Le cĂ´tĂ© «Yves Robert» du pas brillant Turf n’était pas si dĂ©plaisant, pour tous ceux ayant dĂ©jĂ  frĂ©quentĂ© les hippodromes. Et puis, la trilogie Camping (oui, on a les trilogies qu’on mĂ©rite), si lourdaude soit-elle, a quand mĂŞme imposĂ© un personnage iconique: Patrick Chirac. Toutes ces prĂ©cautions mĂ©ritaient d’être prĂ©cisĂ©es pour montrer une (relative) objectivitĂ© face au choc que constitue la vision d’All Inclusive. Sans doute ce que le cinĂ©ma français a sorti de plus honteux (on y revient) depuis des mois.

Dès la scène d’ouverture, on sait que c’est fichu. Que le pitch de fin d’apéro («Attends, on va réunir Les Bronzés et Camping, mais sans payer les droits…») a pris plus de temps que l’écriture du scénario, se contentant de décalquer jusque dans le détail des scènes des précédents Onteniente (on se fait la remarque toutes les cinq minutes). A l’aéroport, Bruno (François-Xavier Demaison) se retrouve à devoir partir seul en Guadeloupe car sa fiancée (Maïwenn) n’a pas pièce d’identité valable. Un départ en solo comme Richard Anconina dans Camping 2. Et ils se prennent la tête, avec le souvenir d’un rare concert (ici, Maïwenn se souvient de places discount au concert de U2, là où Mathilde Seigner évoquait un show de Sardou). C’est parti pour 93 minutes de recyclage à peine voilé, avec le malheureux Demaison subissant la loi d’un nouveau copain collant et «patrickchiraquesque», campé par un Dubosc plus exhibo que jamais, n’arrêtant pas de faire valdinguer le slibard. Son nom? Vous allez rire: c’est Jean-Paul Cisse – et pas «Cissé», comme le pense le réceptionniste guadeloupéen (attention, humour à la Jean-Marie Poiré), ni « VI » comme le Pape…

On avait prévenu, Fab la Honte a mis le paquet. Les ennuis ne font naturellement que commencer pour Bruno, dont les atroces chemises Eden Park, victimes du placement de produit (l’enseigne vestimentaire devrait porter plainte), vont subir les assauts de Jipé, olibrius avec lequel il doit malencontreusement partager la suite nuptiale pour sa semaine de cauchemar. Veuve retraitée vaguement nympho, Lucienne (Josiane Balasko) veut pécho, et ça n’est pas gagné. La situation sera peut-être plus facile pour un trio de jeunes et jolies femmes (Caroline Anglade, Amelle Chahbi et Camille Lavabre), au bikini bien choisi, qu’il vaut mieux ne pas aborder façon Jean-Paul en lourdant une grosse caisse dans la piscine. Oui, vous avez bien lu. D’autant que les G.O. ont sorti les tablettes de chocolat, comme Pepito (Yvick Letexier) – lequel a bien dû, dans sa saison, niquer «3827 kilos de gonzesses», pour reprendre la célèbre formule de Popeye dans Les Bronzés. Thierry Lhermitte, justement, fait ici une panouille, dans le rôle de patron de l’établissement. Bon gestionnaire, il sait comment recycler la bouffe, économiser l’alcool dans les cocktails. Il est moustachu; il est bronzé (of course); il est gay (trop drôle) – et semble davantage préoccupé par la brioche de Demaison ou les poils de Dubosc que par les éphèbes qui lui passent devant le nez. A partir de là, Fab la Honte se lâche, et c’est un festival: des blagues sur l’accent antillais ou québécois, une soirée déguisement où Demaison se grime en Donald Trump (Dubosc, lui, sera en Johnny et va «allumer le feu», en chopant Josiane… Promis…) et où l’on croise un sosie de François Hollande, des dealers racailles (en maillot PSG) dépouilleurs de touristes, un bédo avec les cendres d’une défunte, un caméo (attention, spoiler) de Kev Adams… Oui, oui, tout ça est inclus dans le forfait, et même bien plus… Vous avez dit chargé?

Bouffant sans vergogne à tous les râteliers (de Francis Veber à Michel Lang en passant par Patrice Leconte) tout en pompant allègrement ses œuvres (là, il a le droit, OK), Fabien Onteniente tient son heure et demie de cinéma comme un type à 3,8 grammes tente de conduire une Twingo d’occasion. C’est non seulement dangereux, mais vraiment pas beau à voir. Les punchlines foireuses sonnent aussi faux que les dialogues placebo joignant ces mots d’auteur dignes du pire Collaro Show. On pourrait s’offusquer de la misogynie, de l’homophobie, de la gérontophobie et du racisme de l’ensemble, mais le problème n’est même plus à ce niveau… Aucun comédien ne semble impliqué – la faute à l’open bar? Ou à la piscine? -, pas plus que les techniciens (la photo et le montage d’All Inclusive relèveraient presque du droit pénal…). Et, rayon inspiration, entre deux tubes de Macumba, il faut subir une B.O. signée de l’improbable duo Dany Synthé-Benjamin Biolay, donnant envie de réhabiliter la discographie complète de Francky Vincent. Lorsqu’arrive le générique de fin, on se surprend alors à retrouver le goût désagréable de la gueule de bois après une cuite au ti-punch. Et ce sans le plaisir de la fête (du slip)…

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here