ALERTE, virus au cinéma

Il n’y a pas que dans la vie de tous les jours que l’on flippe des virus, au cinĂ©ma aussi.

PANIQUE DANS LA RUE (Elia Kazan, 1950)
Cela peut sembler surprenant mais le grand Elia Kazan semble se poser en prĂ©curseur du genre avec un très bon film noir, Panique dans la rue (1950), dans lequel des malfaiteurs atteints de la peste pulmonaire risquent de propager le virus dans toute La Nouvelle OrlĂ©ans. BaignĂ© dans un magnifique noir et blanc, le long-mĂ©trage de Kazan offre un suspense taillĂ© au cordeau emmenĂ© par l’interprĂ©tation des immenses Richard Widmark et Jack Palance. Ici, la menace vient de l’extĂ©rieur, de l’Ă©tranger, dans la mesure oĂą la peste est amenĂ©e par un immigrĂ© clandestin. Elia Kazan distille avec brio l’angoisse du risque d’une contamination Ă  grande Ă©chelle dans une AmĂ©rique alors en pleine guerre Froide.

LA NUIT DES FOUS VIVANTS (George A. Romero, 1973)
En 1973, c’est George A. Romero qui frappe un grand coup avec La nuit des fous-vivants qui dĂ©crit la mise en quarantaine d’une petite ville amĂ©ricaine en proie au Trixie, un terrible virus transformant ses victimes en assassins ultra dangereux. Plus que les infectĂ©s eux-mĂŞmes, ce sont les moyens mis en Ĺ“uvre par les autoritĂ©s pour gĂ©rer la crise qui intĂ©ressent Romero. Des moyens drastiques et oppressants qui rĂ©voltent une partie des habitants de la ville. Dans une ambiguĂŻtĂ© et une ironie dont le cinĂ©aste a le secret, les militaires finissent par faire aussi peur que les contaminĂ©s! A l’instar du Jour des morts-vivants, Romero utilise le genre comme parabole sociale et en profite pour signer un film puissamment antimilitariste.

FRISSONS (David Cronenberg, 1975)
Premier grand film de David Cronenberg, le pape de la chair malade, meurtrie, viciĂ©e, infectĂ©e, amputĂ©e. Le huis clos d’un petit immeuble de banlieue infectĂ© par un parasite qui trouve son nid dans le corps d’une jeune femme dĂ©cuplant ainsi ses envies sexuelles. Ici il ne s’agit donc pas d’appĂ©tit gastrique telle que l’on peut l’observer chez les zombies mais bien de pulsions sexuelles qui vont contaminer l’ensemble des locataires. Le corps organique est Ă  l’œuvre et lui seul semble ĂŞtre le maĂ®tre des comportements modernes Ă  travers le thème de la transgression. Transgression des mĹ“urs mais aussi des reprĂ©sentations. Sous couvert de virus mortifère, Cronenberg dĂ©crit simplement la propagation d’une sociĂ©tĂ© nouvelle qui place la jouissance au centre de tout.

ALERTE (Wolfgang Petersen, 1994)
Impossible de ne pas citer cet honnĂŞte film-catastrophe hollywoodien dans lequel Dustin Hoffman tente d’Ă©radiquer une pandĂ©mie directement inspirĂ©e d’Ebola, qui se transmet Ă  une vitesse vertigineuse. Point de zombies ici mais un virus ravageur faisant pĂ©rir ses victimes dans d’atroces souffrantes. Si le traitement rĂ©aliste d’Alerte fait froid dans le dos (la maladie se transmet comme une simple grippe), il faut reconnaĂ®tre que son rĂ©sultat cinĂ©matographique demeure bien plus pauvre. Et ce n’est pas son casting prestigieux qui peut sauver un scĂ©nario longuet et prĂ©visible ainsi qu’une mise en scène mollassonne.

L’ARMÉE DES DOUZE SINGES (Terry Gilliam, 1995)
Bruce Willis joue un prisonnier de 2035 envoyĂ© dans le passĂ© pour empĂŞcher une pandĂ©mie lancĂ©e quarante ans plus tĂ´t par une mystĂ©rieuse organisation dĂ©nommĂ©e “L’ArmĂ©e des douze singes”. Le scĂ©nario s’inspire librement du court mĂ©trage La JetĂ©e de Chris Marker.

EBOLA SYNDROME (Herman Yau, 1997)
Plus intĂ©ressant mais Ă  ne pas mettre devant tous les yeux, Ebola Syndrome d’Herman Yau, le pape de la category 3 hong-kongaise. Un film d’une violence hallucinante oĂą un psychopathe violeur et meurtrier porteur du virus Ebola s’amuse Ă  le transmettre en crachant sur les passants croisĂ©s au coin de la rue… TarĂ©, provocateur, trash et nihiliste, le long-mĂ©trage de Yau franchit tellement la limite du bon goĂ»t qu’il en devient drĂ´le. Une curiositĂ© en tout cas dĂ©conseillĂ©e aux âmes sensibles…

28 JOURS PLUS TARD (Danny Boyle, 2002)
Le plus habile dans l’art de mixer fantastique et rĂ©alisme a Ă©tĂ© sans conteste 28 jours plus tard. VĂ©ritable film d’ «infectĂ©s» au sens propre du terme, le long-mĂ©trage de Danny Boyle plonge le spectateur dans un univers menaçant oĂą une terrible Ă©pidĂ©mie s’est propagĂ©e Ă  vitesse grand V, jusqu’Ă  transformer Londres en no-man’s land. Flippante Ă  souhait, la situation dĂ©crite dans 28 jours plus tard est non seulement renforcĂ©e par des personnages attachants pour qui l’on a beaucoup d’empathie, mais aussi et surtout par un virus ultra efficace oĂą la moindre de goutte de sang peut ĂŞtre mortellement dangereuse…

REC (Paco Plaza et Jaume BalaguerĂł, 2007)
Alors qu’ils suivent des pompiers lors d’une intervention, une reporter et son camĂ©raman restent coincĂ©s dans un immeuble placĂ© sous quarantaine. A l’intĂ©rieur, ils font face Ă  d’Ă©tranges phĂ©nomènes. Forts d’avoir participĂ© Ă  l’expĂ©rience des Peliculas para no dormir, Jaume Balaguero et Paco Plaza ont rĂ©alisĂ© ensemble leur Blair Witch Project, mĂŞme si on aurait tendance Ă  dire que le premier a davantage imposĂ© sa patte que le second. Bien que collectif, [Rec.] marque donc une nouvelle Ă©volution dans la dĂ©termination de Balaguero Ă  mettre en scène l’angoisse. Lorsque les personnages ont peur, on a peur avec eux. Si en apparence filmer l’insondable avec une camĂ©ra vidĂ©o n’est pas une idĂ©e nouvelle (Blair Witch ou son ancĂŞtre Cannibal Holocaust), les deux rĂ©alisateurs ont utilisĂ© une gamme d’effets horrifiques plus ou moins inĂ©dits pour atteindre le spectateur. Certains sont très impressionnants et essayent de mettre dans le mĂŞme Ă©tat de transe qu’un gamer perdu dans les mĂ©andres de Silent Hill (le cinĂ©aste s’est d’ailleurs inspirĂ© du jeu vidĂ©o pour crĂ©er l’atmosphère glaçante du très sous-estimĂ© Darkness).

BLINDNESS (Fernando Mereilles, 2008)
L’humanitĂ© est frappĂ©e par un virus qui se propage et Ă´te la vue Ă  ceux qui en sont atteints. Tout le monde est aveuglĂ© par une lumière blanche. Seule Julianne Moore a encore l’usage de ses yeux et tente d’empĂŞcher les contaminĂ©s parquĂ©s dans l’hĂ´pital oĂą elle travaille de ne pas sombrer dans le chaos, de maintenir leur humanitĂ©. Autour d’elle, tout fout le camp et la communautĂ© isolĂ©e sombre dans les dĂ©rives les plus noires. Fernando Mereilles dĂ©peint des personnages Ă  la dĂ©rive, sombrant dans la terreur, la dĂ©mence et la barbarie au fur et Ă  mesure que l’Ă©pidĂ©mie prend de l’ampleur, avant une rĂ©demption finale, oĂą peu Ă  peu les ĂŞtres regagnent l’espoir au prix de grandes souffrances. Soit se servir du mystĂ©rieux virus pour dresser un tableau sans concession de la nature humaine dans toutes ses contradictions et sa richesse (de l’amour Ă  la violence, de l’horreur Ă  la noblesse).

CONTAGION (Steven Soderbergh, 2011)
Après la science-fiction (le remake de Solaris), Steven Soderbergh, le cinéaste qui tourne plus vite que son ombre, s’attaque au film catastrophe et s’inspire clairement de l’actualité. En l’occurrence, de la grippe A(H1N1). Dans Contagion, c’est exactement la même infection par un virus qui résulte de phénomènes de recombinaisons à partir de virus de porc, humain et aviaire, et qui se transmet d’homme à homme. Soderbergh en tire également son film de «fin du monde» – c’est tendance – en écho à des préoccupations très contemporaines même si sa version est plus audacieuse et moins nihiliste. Le premier quart d’heure fait idéalement monter la tension en multipliant les points géographiques afin de résumer l’ampleur d’une épidémie qui se transmet aussi bien par la voie aérienne (la dissémination dans l’air du virus par la toux, l’éternuement, les postillons) que le contact rapproché avec une personne infecté (il suffit de lui serrer la main).

WORLD WAR Z (Marc Forster, 2013)
Ce blockbuster rĂ©alisĂ© par Marc Forster (Quantum of Solace) et soutenu par Brad Pitt (au casting et Ă  la production) se prĂ©sente comme l’adaptation cinĂ©matographique d’un roman d’horreur post-apocalyptique Ă©crit par Max Brooks (le fils de Mel) sous une double influence: La Bonne Guerre de Studs Terkel et les films de zombie rĂ©alisĂ©s par George Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie etc.). Autant prĂ©venir: nous sommes dans un film de studio. Pas honteux, certes, mais pas mĂ©morable.