Quoi de plus chaos qu’un double programme Aldo Lado, ainsi qu’un super livre de Laure Charcossey dédié à ce digne représentant du cinéma italien poil à gratter, pour inaugurer cette satanée rentrée?

S’il n’a pas été un acharné du genre, Aldo Lado a marqué tout de même le cinéma de genre italien avec trois films à la noirceur indélébile: le giallo venisien Qui l’a vue mourir ? (édité en dvd chez The Ecstasy of Films) et son cousin sous influence tchécoslovaque Je suis vivant!, ainsi que le revenge-flick La bête tue de sang froid. Le Chat Qui Fume offre une belle ressortie aux deux derniers titres, que les amateurs déviants avaient pu découvrir vers la fin des années 2000 chez feu Neo-Publishing. Restaurées tous deux en 2K, ces deux bandes malades retrouvent une seconde jeunesse.

Perdant un titre italien onirique très dans l’air giallesque du temps («La corta notte delle bambole di vetro»), Je suis vivant! invite un Jean Sorel mystérieusement plongé en catalepsie à revisiter sa mémoire avant que n’arrive la terrible et funeste autopsie. Tourmenté par les spectres d’Edgar Allan Poe et de Kafka, puisque le film se déroule dans une Prague fantomatique proche de la Venise cadavérique de Ne vous retournez pas, ce giallo atypique sort les rames mais se fait plus en plus crispant au fur et à mesure de son intrigue bizarroïde: son double climax (dont on se demande s’il n’a pas influencé Ari Aster pour Hérédité et Midsommar), entre partouze des ténèbres et twist de la mort qui tue, laisse au moins entendre qu’on oubliera pas le film aussi vite. En ce qui concerne le Blu-Ray, le matou a eu la bonne idée d’aller récupérer les nombreux bonus de l’édition allemande de Camera Obscura: une pelletée d’entretien allant de Mario Morra (le monteur du film), à Dieter Geissler (l’un des deux producteurs du film), en passant par Edda Dell’Orso (une des voix fétiches des BO de Morricone), Jean Sorel et Enzo Diora (second producteur du film). Les deux plus, c’est le plaisir de retrouver le commentaire audio de l’édition Neo (où papotent Lado et Federico Caddeo) et une énorme interview du réalisateur d’une heure trente-sept! Et il a de quoi dire le Aldo.

Véritable lasthouseonthelefterie a priori sans imagination, La bête tue de sang froid (distribué autrefois sous le titre du Dernier train de nuit) dépasse d’une tête son modèle dans sa cruauté et sa sophistication, mais aussi dans sa charge sociale façon rouleau-compresseur: deux jeunes filles en déplacement pour le réveillon de Noël tombent sur une bande de malfrats qui ne les feront pas atteindre le sapin de noël familial vivantes. Et les bourreaux atterrissent fatalement chez les parents, ce qui est bien pratique pour la suite des opérations. Si la partie revenge décevra un peu les bourrins, toute la première partie fait preuve d’un talent maniaque dans le malaise maousse costaud. Filmée comme un cauchemar bleu, la séquestration atroce des oies blanches prend un tour politique qui appuie là où ça fait mal: un voleur et un drogué ouvrent le bal, alors que les gens de la haute, du voyeur qui passait par là à la catho dégénérée, stimulent l’idée d’une bourgeoisie complice.

Dans son numéro de bourge perverse (tendance partouzarde lectrice de Valeurs Actuelles), Macha Méril apporte un sacré plus à une œuvre qui s’apparentait jusque là à une simple photocopie racoleuse. Et on aime bien l’association Morricone/Demis Roussos avec une chanson titre façon L’île aux enfants qui donne envie de sortir les briquets et créer un décalage maladif façon Cannibal Holocaust. Délaissant les très maigres bonus de l’édition Blue Underground et de 88 Films, l’éditeur français propose une nouvelle interview avec Irene Miracle que les cinéphiles connaissent bien pour avoir traversée des scènes mémorables de Inferno et Midnight Express, ici lumineuse et peu avare en anecdote, et un retour sur ce brave Aldo, toujours aussi bavard et généreux, avec une nouvelle heure d’entretien. D’ailleurs si ça ne vous suffit pas, Nitrate sort en parallèle un long entretien du réalisateur dirigé par l’excellente Laure Charcossey, auteure du livre Conversation avec Aldo Lado! Inépuisable Aldo.

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