Réalisé à la fin des années 80, Adrénaline accumule les sketches fantastiques fomentés par une bande de jeunes cinéastes français passionnés par le genre. De drôles d’objets qui parvenaient à l’époque à mêler avec une économie de moyens le rire et l’angoisse. Ou comment faire des petits cauchemars entre amis.

PAR PAIMON FOX

Le cinéma fantastique français, gros problème. Les réussites made in France se comptent sur les doigts d’une main coupée. Depuis Les Yeux sans visage, de George Franju, il paraît même délicat de citer ne serait-ce qu’une œuvre majeure. D’autant que dans l’inconscient cinéphile, cela se résume souvent à Jean Rollin, notre Ed Wood à nous, échappé de la Nouvelle Vague, et quelques essais de cinéastes institutionnels venus s’encanailler (Alain Resnais pour Je t’aime, je t’aime; Claude Chabrol pour Alice ou la dernière fugue; Louis Malle pour Black Moon, Jean-Pierre Mocky pour Litan). A la fin des années 80, quelques exceptions notables comme Simple Mortel, de Pierre Jolivet ou même Baxter de Jérôme Boivin sont venus pimenter la donne. Dans un registre plus ambitieux et franc, il faut louer la démarche de Yann Piquer et de sa bande de copains réalisateurs estampillés Canal qui au début des années 90 ont eu envie de catapulter cet ostracisme fâcheux en concoctant des films à sketches horrifiques. Le premier s’intitule Adrénaline et il était passionnant : en fil rouge, on voyait des aveugles attendre impatiemment avant d’entrer dans une salle de cinéma pour découvrir ledit film. Ce sera le leitmotiv : «dormez les yeux ouverts».

Les sketches que l’on découvre sont censés être ce «film» (en vérité, un cadavre exquis). Pêle-mêle, on peut voir une voiture prise de folie qui va à la casse toute seule comme une grande; un homme qui reste coincé dans une rame de métro; une femme qui voit le plafond de son appartement descendre pour mieux l’écraser; des vieux bizarres qui offrent une maison à un jeune homme qui ne se doute de rien. Et plein d’autres mystères encore. Cette habile succession de sketches est sortie au même moment qu’un certain Baby Blood, l’équivalent frenchy de 2000 Maniacs où Alain Robak, réalisateur du film et accessoirement co-réalisateur d’Adrénaline, s’impose alors comme un Herschell Gordon Lewis franchouille. En voulant tâter tous les terrains de l’angoisse, les sketches n’évitent pas une certaine inégalité, mais cette inégalité est liée à l’aspect frivole de ce genre d’exercice. Dans les sketchs les plus enthousiasmants, on cite volontiers Metrovision (le premier sketch où Piquer emprunte un métro fantôme); Revestriction (la femme et le plafond); Le Cimetière des Eléphants (la voiture qui coince son conducteur); Urgence (dans lequel on perçoit déjà les balbutiements – inconscients, selon Piquer – de Déroute); Corridor (où des vieux offrent une maison empoisonnée à un jeune homme); et surtout Sculpture Physique (défonçage de gueule en bonne et due forme). Dans les moins, on restera plus perplexe concernant Cyclope (sketch limité avec une vidéosurveillance); TV Buster (où le diable pourrait bien avoir pris possession d’une télé); et Embouteillage (malgré sa pirouette cacahouète).

Suite au succès d’estime de Adrénaline (présentation au festival d’Avoriaz), Parano (autre film à sketch avec la même team) voit le jour et réitère le formule du film à sketches (économique et simple) en conservant – voire en améliorant – cette veine inquiétante où le tragique le dispute à l’insolite.

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