Adieu Narciso Ibáñez Serrador (1935-2019)‬

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Ayant essentiellement travaillé pour la télévision, Narciso Ibáñez Serrador reste connu pour deux longs métrages pour le cinéma, et pas des moindres: tout d’abord, en 1969, La Résidence, et en 1976, Les révoltés de l’an 2000 que l’on aime tant sous son titre espagnol ¿Quién puede matar a un niño?. Comme d’autres cinéastes ibériques d’alors (Eloy de la Iglesia, Jorge Grau, Claudio Guerin, Fernando Arrabal ou Victor Erice pour ne pas les citer), ce cinéaste s’est servi du surréalisme et du bizarre pour parler de la déliquescence de son pays: dans La Résidence, tout se passe de la première à la dernière image dans un pensionnat perdu dans la campagne française (puisqu’évidemment, on ne peut parler de l’Espagne même), au début du siècle dernier. Une capsule temporelle parfaite pour tromper son monde et y déverser sa rage intérieure. Tout comme Black Christmas (Bob Clark, 1974), lui aussi découvert trop tardivement, La résidence mettait alors en place des éléments qui deviendront légion dans la futur armada de slashers et de giallo, mais en joue déjà, avec une intelligence qui lui est propre. Dans Les révoltés de l’an 2000, ce sont des enfants dégénérés qui s’attaquent à un couple paumé sur une île, sans raison apparente. Soit la perte de l’innocence à travers une armée d’enfants bien décidés à en découdre avec les adultes. Serrador rappelle comme le roman Sa majesté des mouches! de Golding qu’il n’y a pas d’âge pour être cruel et méchant. Fort d’oeuvres rares mais marquantes (on pourrait ajouter au passage son anthologie Pelliculas para no dormir), le réalisateur s’impose de plus en plus comme une source d’inspiration pour ceux qui œuvrent aujourd’hui dans le cinéma fantastique – des gens doués comme Alex de La Iglesia, Guillermo Del Toro, Fabrice du Welz ou encore Lucile Hadzihalilovic revendiquent son influence sur leur travail.

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