Adieu Michel Piccoli (1925-2020)

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Monstre sacrĂ© du cinĂ©ma français avec plus de 70 ans de carrière, l’immense Michel Piccoli est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  l’âge de 94 ans des suites d’un accident cĂ©rĂ©bral. Hommage chaos.

La plus Ă©clatante carrière du cinĂ©ma français a tirĂ© sa rĂ©vĂ©rence. Michel Piccoli et sa pelletĂ© de rĂ´les (150? 200? On ne sait pas quel article croire) se sont envolĂ©s en toute discrĂ©tion le 12 mai dernier, date Ă  laquelle aurait dĂ» commencer le festival de Cannes, qui aura toujours mĂ©nagĂ© une place de choix Ă  l’acteur jamais cĂ©sarisĂ©. Une liste de cinĂ©astes longue comme le bras, certes. Mais aussi des BO: il existe une petit musique Piccoli qui retentit selon vos convenances cinĂ©philes, prĂ©levĂ©e dans un rĂ©pertoire tellement large qu’on y trouve forcĂ©ment son compte. Le thème de Camille par Delerue Ă©videmment (Le MĂ©pris), qui n’hĂ©site pas Ă  en faire des tonnes, mais que les images de Godard ont rendu incontestable et dĂ©finitive (n’en dĂ©plaise Ă  cette version italienne bizarroĂŻde projetĂ©e il y a peu Ă  la CinĂ©mathèque). La chanson d’HĂ©lène dans Les Choses de la vie, dont je dĂ©fie mĂŞme les anti-Sautet convaincus de ne pas verser une larme en Ă©coutant Michel dire Ă  Romy: “Je ne t’Ă©crirai plus HĂ©lène”. L’ouverture de Compartiments tueurs, le jazz vĂ©nĂ©neux du Doulos, GĂ©rard Manset clĂ´turant Holy Motors… Pourquoi se contenter des soundtracks de compositeurs quand celles-ci pourraient aussi embrasser des carrières d’acteurs?

SituĂ© quelque part entre le monument national et le monstre sacrĂ©, Michel Piccoli est, peut-ĂŞtre avec Jeanne Moreau, le visage le mieux reprĂ©sentĂ© dans vos DVDthèques archi-sollicitĂ©es depuis maintenant 8 semaines. On croise son nom autant au rayon grand classique qu’Ă  celui des curiositĂ©s Ă  la sensibilitĂ© anar (Themroc, Grandeur nature). L’homme pouvait alterner les premiers rĂ´les et les apparitions hâtives, si bien qu’il n’a absolument aucun Ă©quivalent parmi les rescapĂ©s qu’il nous reste: Depardieu, Deneuve, Delon, Bebel, Lonsdale, LĂ©aud, Trintignant n’auront jamais connu pareille Ă©lasticitĂ©. Piccoli savait ne pas prendre toute la lumière et n’Ă©tait pas un comĂ©dien du coup d’Ă©clat: c’est peut-ĂŞtre pour ça que j’ai toujours trouvĂ© sa gueulante dans Vincent, François, Paul… et les autres totalement Ă  cĂ´tĂ© de la plaque.

Piccoli, c’Ă©tait l’homme du film choral, du films de copains, de la co-production europĂ©enne alignant 15 noms prestigieux au casting, du banquet buñuelien… Le devant de la scène et la marge en mĂŞme temps. Combien de films chaos parmi ses collaborations les plus mĂ©morables (Buñuel, Ferreri, Chabrol, Rouffio, Girod, Carax)? Nos Trente Glorieuses et leur inoxydable clope vissĂ©e au bout des lèvres viennent Ă©videmment d’en prendre un coup. Ne nous reste que plus qu’Ă  profiter du streaming (lĂ©gal) de La Belle Noiseuse sur le site d’Arte. Habemus monstrosacrusam!

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