Adieu Joel Schumacher (1939-2020)

Hollywood Reporter a titré ce lundi «Le costumier ayant réalisé Flatiners et deux films Batman vient de décéder». Ok. Mais ce serait bête de résumer Tata Schumi ainsi. Était-ce un vrai bon réalisateur? Parfois oui, très souvent non. Mais on aime ce genre de filmographie totalement improbable où se côtoyaient thriller au cordeau, mélo romantique, blockbuster foireux et série B d’horreur: impossible de savoir ce qui nous attendait au tournant. Des films aussi carrés que Phone Game ou Veronica Guerin croisaient dans les couloirs un remake oublié d’un petit classique de la comédie de mœurs française (Cousins), du Fincher-like de supermarché (Le numéro 23) et de la comédie musicale pimpon (Le fantôme de l’opéra). Schumacher, c’est bien sûr comme cité plus haut le papa des Batman les plus camp, aussi débridés que la trilogie Nolan s’est montrée d’un sérieux papal. Des tétons d’acier, des choix de casting partant dans tous les sens, des tournages impossibles, des éclairages sous poppers: plus embarrassants que vraiment réussis, mais la volonté d’aller dans le sens pifpafboom de la série télévisée, a toujours eu quelque chose d’incroyablement plaisant, loin des machineries d’usine que les salles obscures se mangent actuellement.

Dans une interview aussi passionnante que malhonnête de Vulture (où le journaliste semble vouloir cocher toutes les cases «polémiques»), Schumacher avouera pourtant n’avoir jamais voulu intentionnellement donné un look gay à ses deux films. Paradoxe d’un cinéaste ouvertement homo qui a toujours swingué entre érotisme crypté (Henry Cavill livré torse nu à un zombie nazi dans Blood Creek ou la sensualité crue de Tigerland) et idées reac (le sous texte vampiresque de Génération Perdue, mais aussi le contenu très limite de films comme L’expérience interdite – et son repentir très momoral – ou Le droit de tuer). Pretty chaos évidemment que Chute Libre et son yuppie de Michael Douglas prenant les armes pour péter la gueule à qui se met en travers de son chemin, ballade jouissive qu’on pourrait très bien déplacer dans notre époque sens dessus dessous, ou 8 mm et sa plongée dans l’univers du snuff movie, variante musclée du Hardcore de Paul Schrader qui paraîtra peut-être aujourd’hui bien «gentille» depuis l’establishment du torture porn et du thriller cracra. Et on aime aussi (en tout cas surtout votre serviteur) Génération Perdue, grand concurrent 80’s de Fright Night et relecture vampiresque de Peter Pan sublimant Santa Cruz avec un sens de la frime sans pareil. Bref, c’est le bordel, et malgré une fin de filmo quand même moins wizz, on aimait bien Jojo. So long.

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