Il Ă©tait le dernier de nos Grands Ducs. Le comĂ©dien Jean-Pierre Marielle vient de nous quitter ce mercredi 24 avril 2019, Ă  l’âge de 87 ans.

PAR GILLES BOTINEAU

Talent hors pair, Jean-Pierre Marielle aura jouĂ© dans bon nombre de classiques, sous la direction de Philippe de Broca, Henri Verneuil, Bertrand Blier, JoĂ«l SĂ©ria… et tant d’autres encore ! Il cultivait d’ailleurs l’art de l’exigence, sachant dire « non » quand il le fallait, notamment face Ă  Jean-Claude Chambon, qui lui proposait d’ĂŞtre un des Pieds NickelĂ©s aux cĂ´tĂ©s de Michel Galabru et de Charles Denner, dans un film de 1964 (il sera finalement remplacĂ© par son ami Jean Rochefort, ndlr). Pour autant, une Ĺ“uvre ne serait pas totalement complète sans quelques dĂ©rapages chaos. Et celle de Marielle ne fait pas exception Ă  la règle. Preuve en est, avec cinq de ses longs-mĂ©trages.

Calmos de Bertrand Blier (1976)
Après l’immense triomphe remportĂ© par Les Valseuses, le cinĂ©aste Bertrand Blier peut tout se permettre. Et il le fait ! Ă€ commencer par l’Ă©laboration de ce vagin gĂ©ant, dans lequel se perdent Jean-Pierre Marielle (Paul) et Jean Rochefort (Albert). Hallucinant ! Au passage, l’auteur confesse très justement : « C’est un film dans lequel il y a des scènes rĂ©jouissantes puis d’autres très mauvaises. Aujourd’hui, Ă  voir, il doit ĂŞtre sympa. Avec le recul, c’est un truc de malade, on n’a jamais vu ça, hormis chez Fellini. » Certains ne s’en sont jamais remis. Mais, pour une poignĂ©e d’irrĂ©ductibles, Calmos s’avère ĂŞtre un OFNI particuièrement rĂ©jouissant. Surtout avec le temps ! C’est sĂ»r qu’après avoir dĂ©couvert Convoi exceptionnel, on ne peut que leur donner raison…

Plus ça va, moins ça va de Michel Vianey (1977)
Pignon : « Dis-donc, Fredy, tu crois qu’on serait flic si on Ă©tait beau ? »
Melville : « Si on était beau, on serait con. »
Pignon : « Et si on Ă©tait con, on serait certainement plus heureux… Surtout si on Ă©tait beau ! »
Jean-Pierre Marielle. Jean Carmet. Mort Shuman (qui compose Ă©galement la musique du film). Cela suffit dĂ©jĂ  Ă  notre bonheur ! L’histoire : deux policiers, aussi racistes qu’incompĂ©tents, enquĂŞtent sur un homicide. Simple, mais efficace. Ça ne se regarde pas, ça se dĂ©guste. Un film curieusement mĂ©connu.

Pétrole! Pétrole! de Christian Gion (1981)
En règle gĂ©nĂ©rale, Christian Gion fait dans la pâle copie : Les DiplĂ´mĂ©s du dernier rang avec Patrick Bruel lorgne quelque peu du cĂ´tĂ© des Sous-DouĂ©s de Claude Zidi, Le Bourreau des cĹ“urs ressemble comme deux gouttes d’eau Ă  Plus beau que moi tu meurs signĂ© Philippe Clair… Mais, au milieu de tout ça, se dĂ©tache nĂ©anmoins un film. Son titre : PĂ©trole ! PĂ©trole ! Bernard Blier y interprète un Ă©mir arabe (!), face Ă  Catherine Alric, dĂ©licieuse comme Ă  son habitude, et Henri Guybet, qui se marre Ă  chaque scène. Il faut dire que les gags ne manquent pas ! Gion fait dans la parodie extrĂŞme, sur une excellente BO conçue par Éric Demarsan, et, ça marche. Jean-Pierre Marielle, lui, joue le jeu Ă  fond, et avec classe. Bref ! du culte en puissance.

Les deux crocodiles de Joël Séria (1987)
Jean-Pierre Marielle retrouve JoĂ«l SĂ©ria pour la quatrième et dernière fois, mais le rĂ©sultat n’est hĂ©las guère Ă  la hauteur de leurs prĂ©cĂ©dentes collaborations. Subsistent cependant diverses scènes Ă  l’interprĂ©tation divine, et aux dialogues irrĂ©sistibles. Sans parler du final, aussi brillant qu’inattendu. Ă€ (re)dĂ©couvrir, donc, dans la mesure du possible.

Atomik Circus, le retour de James Bataille de Didier et Thierry Poiraud (2004)
Entre absurde et dĂ©calĂ©, Atomik Circus dĂ©tonne clairement au sein de la production hexagonale. On ne comprend pas tout, l’ambiance est assez rebutante… Et pourtant, il y a ce je-ne-sais-quoi qui nous retient, et nous plaĂ®t. La mise en scène, d’abord, stylĂ©e au possible, puis, bien sĂ»r, les comĂ©diens. BenoĂ®t Poelvoorde en fait des caisses, et on l’aime comme ça. Vanessa Paradis, elle, s’en sort pas trop mal. Quant Ă  Jean-Pierre Marielle (remplaçant Jean Yanne, dĂ©cĂ©dĂ© peu de temps avant le tournage), il se fond Ă  merveille dans cet univers on ne peut plus singulier, et s’en dĂ©lecte mĂŞme avec un plaisir presque enfantin. Communicatif, cela va sans dire.

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