L’acteur Bruno Ganz est dĂ©cĂ©dĂ© ce samedi Ă  l’Ăąge de 77 ans. En guise d’hommage, nous avons demandĂ© Ă  plusieurs personnalitĂ©s l’image de cinĂ©ma qu’elles retiennent de lui.

PAR VIRGINIE APIOU, SARAH CHICHE, FABRICE DU WELZ, JEREMY FEL, CLAIRE LEGENDRE, GAUTIER ROOS, MARC GODIN & CHARLES TESSON

Bruno Ganz, qui s’est distinguĂ© notamment dans Les Ailes du dĂ©sir, dans La Chute (sur les derniers jours d’Adolf Hitler) et dans The house that Jack built, est mort Ă  Zurich dans la nuit de vendredi Ă  samedi 16 fĂ©vrier des suites d’un cancer. Natif de Zurich, fils d’un mĂ©canicien suisse et d’une mĂšre originaire d’Italie, Bruno Ganz est considĂ©rĂ© comme l’un des plus importants acteurs germanophones de l’aprĂšs-guerre, sur les planches comme au cinĂ©ma. Qui dit acteur chaos, dit hommage chaos.

VIRGINIE APIOU: La Marquise d’O de Eric Rohmer
Bruno Ganz, comte russe chez Eric Rohmer, la douceur coupable de La Marquise d’O (1976).

SARAH CHICHE: Nosferatu fantĂŽme de la nuit de Werner Herzog

FABRICE DU WELZ: The house that Jack built de Lars Von Trier
«For if we don’t find the next whisky bar, i tell you we must die»

JEREMY FEL: Les ailes du désir de Wim Wenders
J’ai, comme beaucoup de cinĂ©philes, dĂ©couvert Bruno Ganz quand j’étais ado, dans Les Ailes du dĂ©sir de Wim Wenders. Difficile depuis de l’imaginer sans ses ailes d’ange, sans ce regard curieux et bienveillant qu’il portait sur des mortels dont il rejoindra la condition par amour pour une jeune trapĂ©ziste. La derniĂšre fois que je l’ai vu dans un film (en attendant le prochain Terrence Malick), c’était dans le dernier Lars Von Trier, oĂč, tel Virgile, il guidait Jack jusqu’aux Enfers. Il n’y a jamais vraiment de hasard dans les jeux de miroirs que semblent mettre en place certains grands cinĂ©astes. Ganz Ă©tait Ă  la fois un visage et une voix inoubliables, un de ces immenses acteurs qui transportent un monde dans leurs regards, dans leurs gestes, mais aussi dans leurs silences.

CLAIRE LEGENDRE: The house that Jack built de Lars Von Trier
Bruno Ganz arpente les enfers avec Matt Dillon, et surtout il arpente l’histoire de l’art, Ă  travers les tableaux vivants reconstituĂ©s par Lars Von Trier dans le dernier quart d’heure du film, exactement comme il a traversĂ© l’histoire du cinĂ©ma. Ce visage savait aussi se faire discret pour porter des Ɠuvres plus grandes que lui. De l’ange de Berlin Ă  Hitler soi-mĂȘme, je vais garder cette sĂ©quence de Lars Von Trier en forme d’hommage et de clin d’Ɠil (les clins d’Ɠil sont un peu gigognes chez LVT).

GAUTIER ROOS: L’Ami AmĂ©ricain de Wim Wenders
Bruno Ganz, perdu dans les dĂ©dales du mĂ©tro parisien, sommĂ© de commettre un meurtre et de disparaitre. Une scĂšne qui s’Ă©tire sur 9 minutes sans le moindre dialogue, et qui convoque instantanĂ©ment ces morceaux de bravoure muets montrant la mĂ©ticulositĂ© des malfrats (les scĂšnes de casse chez Dassin et Melville). Sauf que Bruno Ganz n’a rien d’un tueur professionnel, et que son revolver dĂ©passe ostensiblement de son trench sans qu’il s’en aperçoive
 Cela appelle Ă©videmment au sourire, sauf que la sĂ©quence est d’une telle tension et d’une telle pesanteur qu’on a les mains serties sous le strapontin. Une figure mi-ange mi-zombie qui dĂ©ambule dĂ©jĂ  dans les couloirs de la mort. Peut-ĂȘtre la plus belle poursuite du cinĂ©ma des annĂ©es 70, d’ordinaire plus associĂ© Ă  la frĂ©nĂ©sie des filatures en voiture dans les rues de San Francisco.

MARC GODIN: Cartel de Ridley Scott
A Amsterdam, l’ami Bruno donne la rĂ©plique Ă  Michael Fassbender et balance les rĂ©pliques poĂ©tiques de Cormac McCarthy. «Nous dĂ©clarons aux tĂ©nĂšbres que nous ne plierons pas devant la briĂšvetĂ© de la vie. Et qu’ainsi, nous refusons de cĂ©der au dĂ©clin.»

CHARLES TESSON: La main dans l’ombre de Rudolf Thome
Triste d’apprendre la disparition de Bruno Ganz. Lorsque je faisais de la distribution, il y a une trentaine d’annĂ©es, j’avais sorti ce film avec Bruno Ganz, Hanns Zischler, Dominique Laffin et Laurie Anderson. Eva Simonet s’occupait de la presse et Bruno Ganz Ă©tait venu pour la promotion du film (entretiens). C’Ă©tait un acteur magnifique, un homme d’une belle intelligence, avec une classe naturelle, et d’une grande douceur.

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