Rien de tel que du bon girl power pour secouer les consciences des mâles endormis. Vigilante underground (quelque part entre «rape and revenge» et «death wish»), A Gun for Jennifer se reçoit comme un bon coup de pied dans les couilles.

PAR PAIMON FOX

Ceux qui aiment la camomille, les lapins roses, les guirlandes électriques et les machins propres sur eux peuvent passer à l’article suivant. Encore là? Alors sachez quand même que A gun for Jennifer reste dans l’esprit de ceux qui l’ont vu comme un Justicier dans la ville au féminin, sexué et hardcore où des personnages de rien sont confrontés à un univers glauque. Dans l’action, ils n’ont pas le temps de penser à la morale et s’assoient dessus. C’était quelques années avant Baise-moi, co-réalisé par Virginie Despentes qui cherchait de façon DIY et GFY un esprit punk et libérateur pour pimenter la croisade sanguinolente de deux meurtrières qui s’en prenaient aux quidams ayant la malchance de croiser leur regard ou de fréquenter leur intimité. Ici, un homme (Todd Morris donc) regarde des femmes à la dérive et ne se résume pas à un simple règlement de compte anti-mecs. Et tant pis si ce film boucher fait une mauvaise pub au désir.

Sans surprise, A gun for Jennifer s’inspire des rape and revenge, légions dans les années 70 (I spit on your grave, de Meir Zarchi, où une femme violée se vengeait de ses agresseurs) et dont le plus célèbre de tous pourrait bien l’excellent Ange de la vengeance/Ms. 45, de Abel Ferrara (1981) (une femme muette incarnée par Zoe Lund se venge de ceux qui l’ont violée à répétition). Ici, une femme tue son mari psychopathe, trouve refuge à New York où elle manque de se faire violer, se fait sauver par un groupe de féministes activistes qui ont décidé de lutter contre les sempiternelles agressions envers leurs sœurs en assassinant ou en castrant leurs cibles. Le phénomène est donc en marche puisque des parodies Z ont sorti des avatars sur le même canevas tel l’inénarrable Psycho Sisters, avec dès la scène d’ouverture une castration en gros plan. Et les catégories III avec des tueuses sans vergogne (Naked Weapon) ou des prédatrices qui simulent l’innocence pour mieux piéger leurs proies (Audition) auraient bien à en dire sur la domination des femmes par les hommes et des femmes qui, enfin, se vengent. L’ancêtre de tous étant Prisonnière Sasori de Shunya Ito (1972), véritable ode au féminisme où tous les mecs sont des ordures. Dans cette lignée, il faut admirer A gun for Jennifer pour ce qu’il est: un miroir social et brûlant qui révèle une réalité qu’on ne veut pas voir.

Co-scénariste et interprète principale, Deborah Twiss a chopé le rôle principal de cette production underground. Elle sait de quoi elle parle, elle qui connaît ce monde de machos rustauds pour l’avoir abondamment fréquenté comme go-go danseuse: elle a passé deux ans à écumer les bars crapoteux et dû retourner vendre la marchandise pour financer le tournage. Pour l’actrice, ayant largement influencé son homme de Morris dans les parti-pris extrêmes, les intentions étaient simples: subvertir le film noir, genre traditionnellement masculin, et donner les rôles principaux à des femmes. Afin d’en faire des nanas aussi brutales que des mecs, si ce n’est plus. Récompense: être cloué au pilori par la critique qui vomit unanimement la morale indéfendable. Dommage qu’on n’ait vu que l’écume de ce portrait déglingué d’une certaine Amérique avec ses bouges interlopes et ses laissées-pour-compte. A mille lieux des cartes postales clinquantes dont Hollywood se repait.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici