La fuite perpétuelle d’un couple recherché par le FBI et de leur fils qui voudrait y mettre fin pour vivre sa vie. Un film déchirant de Sidney Lumet.

Pour avoir plastiqué une usine de napalm pendant la guerre du Vietnam par idéal pacifiste, Annie et Arthur Pope (Martha Plimpton et Judd Hirsch) doivent vivre dans la clandestinité, car l’attentat a causé la mort d’un vigile et le FBI les traque sans relâche. Ils sont obligés de changer de nom, d’identité et de lieu de résidence très régulièrement. Une sorte de bohême forcée dont tout le monde a épuisé les charmes depuis belle lurette. Surtout Danny (River Phoenix) le fils aîné.

​Le point commun aux films de Sidney Lumet réside dans l’application d’une justice solennelle, dépeinte en constante mutation, interrogée par les exceptions, et passée sous le prisme de phénomènes empiriques communs à tous les hommes. Et pour cause, on retrouve dans chacun de ses films une seule et même question: ce qui arrive aux personnages est-il juste?

Pour y répondre, l’intrigue qui se joue ici met en scène la décision de parents d’élever leurs enfants dans la fuite – sacrifiant leur scolarité, occultant leurs loisirs et confinant à l’extrême la possibilité d’un épanouissement spirituel. Évidence pour nous mais nuage brumeux pour eux, le choix s’est imposé à la suite d’une manifestation qui a mal tourné. Recherchés pour avoir fait exploser une usine de fabrication de napalm, ils rôdent d’État en État, sans perceptives d’avenir. Figure d’autorité, le père partage l’infamie avec les autres. Ce lourd passé, ajouté à l’ambiance de déréliction, donne aux membres de la famille d’étranges impressions de déjà-vu, les renvoyant à leur condition.

À bout de course (Running en Empty) ne s’arrête pas là. Seul principe de vie, à la place de l’âme: la fuite. Le protocole vire dans l’espace intime à d’humiliants changements de noms et d’identité. Entre le chaos organisé, l’abstinence réelle et la violence morale, tout l’art du cinéaste est déployé. L’autre fil conducteur est le coup de foudre du héros (River Phoenix) pour une musicienne de son école. C’est ce béguin instantané qui décide le jeune homme à suivre son instinct. Attraction réciproque, irrépressible, mais dangereuse: il est novice en amour. Elle est la fille d’un professeur.

Cette passion, tour à tour assouvie et empêchée, inspire des scènes splendides, et finalement très romantique à Sidney Lumet (qui a adapté naguère Anton Tchekhov). Comme si la vraie raison d’être de ce film initiatique furieux était le récit intimiste d’un bizutage sentimental. Tignasse fournie et pull large, Martha Plimpton concède à l’aventure quelque chose de délicieux, et avoue avec une sincérité attachante la nature de ses intentions. En véritable Ténor, Lumet met en scène cette idylle que l’on souhaiterait voir se prolonger.

Titre original: Running on Empty. Réalisation: Sidney Lumet. Scénario: Naomi Foner. Musique: Tony Mottola. Avec: River Phoenix, Judd Hirsch, Christine Lahti, Martha Plimpton… – États-Unis – 2h – 1988

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