[STAR DU CHAOS 2018] YANN GONZALEZ

On l’attendait cette lame tranchante et brillante, venir se planter dans notre cœur mou et spongieux. De l’autre côté du gant, un Yann Gonzalez confirmant toujours plus les promesses chaos qu’il dissémine depuis une quinzaine d’années…

PAR JÉRÉMIE MARCHETTI

Attendant dans une ruelle qu’on devine malfamée, une jeune femme embrasse des inconnus de passage, hommes ou femmes, la vidant un peu plus de ce qu’elle est au fil des baisers. La musique monte jusqu’à l’usure. L’embrassée se meurt. Il a fallu seulement cinq minutes pour Yann Gonzalez pour planter son univers mélancolique et dévastateur dans son premier court By the Kiss, qu’il fera suivre d’expériences de plus en plus denses au fil des années : la rage teen de Nous ne serons plus jamais seuls, le geste pop de Entracte, la traversée à la Cocteau des Astres Noirs, l’espoir triste de Land of my Dreams, le requiem punk de Je vous hais petites filles… et puis au bout Les rencontres d’après Minuit, le film tant attendu qui lui ouvrira une nouvelle porte, orgie de neige et de fantômes qui nous chantait qu’un autre cinéma français était toujours possible. En guise de pont entre deux longs, Les îles et ses rapprochements nocturnes baignés de larmes avaient électrisé une année cinéma morne: cet été, on a vu ce court – prévu à l’origine comme une exclusivité cinéma – rejoindre les rivages de l’Ultra-Rêve, ce ultra monde réunissant Yann avec ses camarades de chambrée Bertrand Mandico et le duo Jonathan Vinel/Caroline Poggi. À l’inverse de tous les films précédemment cités, Un couteau dans le cÅ“ur est la première rencontre fracassante entre Gonzalez et un cinéma plus mécanique et traditionnel. Mais même au cÅ“ur d’un giallo, il ne pourra s’empêcher d’y entraîner une pop-star comme Vanessa Paradis (qu’on avait pas vu aussi passionnante depuis Noce Blanche), de passer de l’urbain seventies à la campagne intemporelle, des cruising bleutés aux forêts magiques, de Argento à Vecchiali, de la fesse au cÅ“ur. Pas assez de cul, pas assez bien joué, pas assez tout, ou trop grotesque, trop kitsch, trop gay, trop trop: le passage à Cannes fut douloureux et injuste, alors que les sections parallèles tendaient leur bras aux projets ovnienesques et autres (Climax, Border, Mandy, Meurs Monstre Meurs…). Preuve que sortir des rangs en France, marier le pur et l’impur, le cinéma d’auteur voltigeant et le ciné de genre rentre-dedans, c’est encore se heurter aux étiquettes et à l’incompréhension générale. Mais tout ça c’est du vent, tant le bonhomme est allé au bout de son fantasme cinéphile et de son envie de monstre d’amour pour ce thriller transgenre beau à en crever.

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