Parmi plĂ©thore de sĂ©ances aux noms dĂ©shumanisĂ©s (on se demande bien comment chacun peut se rappeler si facilement ce qu’il a vu lors des programmes “F6”, “CB2”, “AGRI4” ou “I12”), voici ce que nous retenons de ce charmant festival, reconnu mondialement pour sa sĂ©lection de courts et ses truffades locales.

Olla, d’Ariane Labed

La reine du palmarès est donc cette actrice Ă  la cote grandissante, compagne d’un certain YĂłrgos Lánthimos, raflant trois rĂ©compenses lors de cette 42ème Ă©dition (Grand Prix, Prix Ă©tudiant et prix de la meilleure première Ĺ“uvre de fiction). Un premier court prĂ©cĂ©dĂ© d’un bon buzz Ă  la dernière Quinzaine, et qui narre l’arrivĂ©e en France d’une jeune Ă©trangère qui s’installe chez un homme rencontrĂ© sur un site de rencontre (et qui vit avec sa vieille mère). Que dire de plus ? Peut-ĂŞtre que nous ne l’avons pas vu…

La maison (pas très loin du Donegal), de Claude Le Pape

Une comĂ©die rĂ©unissant Jackie Berroyer et le Finistère ne pouvait qu’attirer notre attention. S’il y a bien un film qui semble avoir mis tout le monde d’accord lors d’une 42ème Ă©dition pas franchement portĂ©e sur la poilade, c’est bien ce film de Claude Le Pape, relatant les fines manigances dĂ©ployĂ©es par Jackie pour garder la demeure qu’il occupe, promise Ă  une vente imminente. Tout y fonctionne parfaitement, et on ne serait pas Ă©tonnĂ© que Claude Le Pape, scĂ©nariste ayant dĂ©jĂ  accrochĂ© deux nominations aux CĂ©sar avec Les Combattants (2014) et Petit Paysan (2017), se fraie une route confortable pour la cĂ©rĂ©monie Ă  venir…

Clean With Me (After Dark) – Gabrielle Stemmer

Un “desktop documentary”, c’est-Ă -dire un film oĂą la camĂ©ra est remplacĂ©e par un fond d’Ă©cran branchĂ© sur l’internet, qui accumule ici des portraits face camĂ©ra de femmes au foyer amĂ©ricaines, se filmant dans leur quotidien pas spĂ©cialement jojo. La compĂ©tition fait rage pour savoir laquelle de ces femmes isolĂ©es (dans la plupart des cas, monsieur est au bureau) rĂ©curera le mieux l’Ă©vier, cautĂ©risera le plus efficacement les chiottes, ou s’adonnera au meilleur connective cleaning avec les marmots. PrĂ©sentĂ© Ă  Angers, le film est une dĂ©monstration effrayante d’un American way of life tournant en eau de boudin, stade ultime d’un “capitalisme scopique” (cf. le dernier livre de la sociologue Eva Illouz) oĂą le talent show n’a plus besoin ni de talent, ni de show, mais juste de serviteurs volontaires. SaletĂ© de charge mentale…

Stay Awake, Be Ready – Pham Thien An

14 minutes hallucinĂ©es d’un prototype vietnamien rĂ©vĂ©lĂ© Ă  la dernière Quinzaine, et dont on prĂ©fère ne rien vous dire : c’est vierge de tout savoir qu’il faut le dĂ©couvrir.

La place du mort, de Victor Boyer

Alors qu’il dĂ©bute l’Ă©criture d’un nouveau roman, Alphonse est de retour au domaine familial. Son frère Samuel voit sa prĂ©sence d’un mauvais Ĺ“il.” Au-delĂ  du pitch qui rappelle pas mal Assayas ou CĂ©dric Kahn (pas vraiment ce qu’on fait de plus chaos), ce thriller en demeure bourgeoise digère plutĂ´t bien sa montĂ©e en tension, qui lorgne du cĂ´tĂ© de Dominik Moll (muito chaos). Et que dire de cette inquiĂ©tante matriarche campĂ©e par Anne Loiret, assurĂ©ment l’un des plus beaux personnages de cette Ă©dition. Pour complĂ©ter le casting : Corentin Fila, Valentine Catzfelis, et Christophe Montenez from the ComĂ©die Française.

Fin de saison, de Matthieu Vigneau

On n’a pas entendu que des choses tendres au sujet des RĂ©sidences So Film / ComĂ©die Musicale, mais ce film embarquant Jean-Luc Vincent et toute sa famille au camping estival (les plus belles chaussures Meduse de cette Ă©dition) vaut le dĂ©tour, rappelant la zarbitude des choses d’un Quentin Dupieux.

L’âge tendre, de Julien Gaspar-Oliveri

L’une des tĂŞtes d’affiche de ce festival, avec une NoĂ©e Abita en perruque blonde recouvrant moults supports promotionnels de cette Ă©dition. Un bon exemple de que ce sous-genre festivalier – l’histoire d’une ado de 16 ans prise dans un Ă©tau relationnel avec sa mère – peut produire de mieux.

Sh_t Happens (Le gardien, sa femme et le cerf), de Michaela Mihályi, David Stumpf

Une black comedy muette concourant en sĂ©lection officielle Ă  la dernière Mostra, petit brĂ©viaire des nĂ©vroses d’aujourd’hui autour desquelles nos cinĂ©astes contemporains n’ont pas toujours envie de plaisanter : Ă©puisement, frustration, poisse, dĂ©pression, et violence d’appartement prĂŞte Ă  zigouiller tout le monde. On prend.

Anna Vernor II, d’Eduardo CarretiĂ©

Un certain RaphaĂ«l Vandenbussche Ă  la lumière : on pense instantanĂ©ment Ă  Jonathan Vinel et Caroline Poggi pour ce court Ă©trange, qui cherche Ă  ressusciter un personnage principal mort il y a un an. Vincent Macaigne y joue les maĂ®tres de cĂ©rĂ©monie funĂ©raire, dans un grand mĂ©lange de grandiloquence et de ridicule qui a fait sa rĂ©putation chaos. Le film ne rĂ©ussit pas tout mais on aime quand le cinĂ©ma français s’aventure sur ces terres-lĂ .

Teen Horses, de Valérie Leroy

Une championne finlandaise de hobby-horsing – une discipline scandinave qui n’a rien d’incongrue lĂ -bas – est contrainte Ă  “l’exil” en France : son intĂ©gration se fera en montant la première Ă©quipe de cheval bâton dans son nouveau collège, au prix des multiples railleries de ses camarades. Nous non plus, on ne pensait pas un jour aimer un film qui abuse de L’escalier des Pirouettes, mais on a Ă©tĂ© conquis par ce court dont la principale force est de ne pas laisser ses personnages secondaires, une galerie d’outsiders Ă  l’acnĂ© prononcĂ©, sur le carreau. ValĂ©rie Leroy Ă©tait nommĂ©e aux CĂ©sar 2019, pour Laissez-moi danser, et on voit bien son Teen Horses, qui a quelque chose du Junior de Julia Ducournau, y retourner l’an prochain une fois finie la moisson festivalière.

Pas vus, mais selon des proches bien informés, ils valent le détour :

Miss Chazelles, de Thomas Vernay

Amour(s), de Mathilde Chavanne

Canyon, de Martin Scali, film mixant les genres avec notamment la Pauline Lorillard des Garçons sauvages et d’Ultra Pulpe dedans.

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