Allez on enfile ses brassards, on plonge dans la graaaaaaaande piscine du clip et on nage, on crawle en quête du chaos. Du achtung qui tâche, du Mandico et du Noé, des corps généreux, du bling-bling chelou, de l’amour et de la violence: watch this!

1. Niemand – Kompromat (Bertrand Mandico)
Nombreux ceux qui se diront (sourire en coin ou pas) «mais quelle surprise!»? Ben oui, Mandichaos is everywhere. Deux ans après son très sympathique Apprivoisé pour Calypso Valois, le réalisateur des Garçons Sauvages trouve dans la musique de Kompromat, réunion au sommet de Vitalic et de Rebecca Warrior, un exutoire parfait pour ses visions poisseuses en 35 mm, quelque part entre Rinse Dreams et le Crash de Ballard. Voiture orgasme, voiture fantôme, voiture mortelle. Tout est glamour à mort/à mort le glamour, précieux et décadent. Et le plaisir, en plus des visages connus (Elina Löwensohn et Christophe Bier), de voir la très belle Jenna Thiam rejoindre le Mandiconiverse.

2. Starry Night – Peggy Gou (Jonas Lindstroem)
C’est l’aube. Ou le soir. Ou en pleine nuit. Une écolière, une mère de famille, une guerrière, des bandits, des amants ou un vagabond. Ils sont pauvres ou riches. Des gens, seul à plusieurs, entraînés dans un rythme endiablé. Le concept est usé jusqu’à la lie dans le monde du clip, mais il y a ici une précision et une beauté qui laissent abasourdi. C’est souple et enivrant. Peggy, étoile dans la nuit, brille jusqu’à l’aveuglement, nous rappelant à quel point un clip peut nous faire du bien.

3. Deutschland – Rammstein (Specter Berlin)
Durant neuf bonnes minutes, avec un budget qu’on devine sacrément costaud et des images dignes d’un blockbuster venu des enfers, l’histoire de l’Allemagne est bazardée, piétinée, décalquée. Des moines cannibales, des juifs pendus, des autodafés, des bureaucrates véreux, des charniers de bataille. Dans le genre emmerdeurs de première, Rammstein font fort depuis toujours, mais ils le font plus intelligemment qu’on ne le croit (voir leur instant gay pride pour faire chier les homophobes à leur dernier concert). C’est over the top et ça dérange: comment ne peut-on pas savourer?

Rammstein x Specter Berlin “Deutschland”

4. Extazus (Temple of Sorrow / Lune de Fiel / Feelings) – M83 (Bertand Mandico)
Et si «Ah que revoilà Mandico» était le nouveau «Alors que revoilà la sous-préfète» ? En l’honneur du dernier album de M83, hommage cotonneux et synthé à la génération Métal Hurlant, notre homme taille un gros court contemplatif et criard, découpé alors en trois parties sur YouTube tout en prolongeant la veine SF et organique du monde de l’Ultra-Pulpe comme pour préparer le terrain pour un futur Paradis Sale. On y retrouve cette obsession pour une nature extra-terrestre et gourmande, des filles guerrières sensibles, du romantic body-horror, et l’envie de zapper de couleurs comme on change de chaînes.

5. Thirst – Sebastian (Gaspar Noé)
Pas la première collaboration entre Sebastian et Gaspar Noé, puisqu’on se souvient encore du très malaisant Love in Motion. Une chose est sûre, c’est qu’il n’y a aucun doute quand à la présence du Gaspar derrière la caméra ici: dans un mood ramenant au bon souvenir du Rectum et de l’école façon inferno ballroom de Climax, un chieur toxique tente de faire capoter une soirée… et se fait retourner par les clients d’un boite d’une nuit. C’est odieux, ça fait mal, et ça mord.

6. Cellophane – FKA Twigs (Andrew Thomas Huang)
ça commence comme un très belle pub pour parfum, façon pole-dance diorjadore. Et puis soudain on décolle vers une autre planète. FKA Twigs, derrière la coquetterie de façade, n’a pas décidément peur du mutant, du bizarre, du dépressif et du haut perché.

7. Blame it on your love – Charlie XCX feat Lizzo (Bradley & Pablo)
Couples de tous sexes ou races qui s’aiment et se déchirent, multiplication de format en tout genre (image lo-fi, imitation pellicule, numérique léché, phone vidéo à l’arrache…), tube catchy et featuring bien visé. Il n’y a rien qui sorte de l’ordinaire malgré l’efficacité du bidule…excepté que le concept de la vidéo est d’intégré des créatures magiques (elfes, anges, troll et on en passe) dans notre monde avec une sorte d’hyper-sexualité réjouissante. On aime quand le mainstream devient chaos.

8. Laisse Lucifer – Faire (Lucie Bourdeu)
L’imagination avant le budget : le côté riquiqui, ultra-camp et plein de ressources évoque ici le même bouillonnement malin qui agitait le monde du clip dans l’industrie musicale française des années 80, quelque part entre Philippe Gautier et Jean-Baptiste Mondino. En rose et sang, le mauvais goût a ici vachement bon goût.

9. Slap my butt – Kiddy Smile (Pierre Saba-Aris)
Le titre est évocateur : le clip encore plus ! Point de fessée ici, mais que de fessier. Dans un geste de libération, Kiddy Smile joue de ses formes en danseur de charme, écorchant au passage les hypocrites et les «hors-milieux», célèbre le cul dans tous les sens du terme. C’est culotté et jouissif.

10. AirBnb – Kim Gordon
Quoi de plus chaos qu’un clip qui n’a jamais été tourné? Telle Claire Denis, l’ancienne chanteuse de Sonic Youth n’en a rien à foutre. Elle a raison.

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